Regards croisés

Francis Marre

« Je dois composer avec des boulbènes battantes, et des sols hydromorphes. Mon objectif est de ne pas laisser le sol nu pour entretenir la vie du sol et faciliter le drainage des parcelles. Pour y parvenir, je sème un inter-rang sur deux avec un couvert d'avoine et de trèfle violet, l'autre inter-rang étant enherbé de façon naturelle. Le couvert semé est roulé pour constituer un paillage sur le sol.

J'ai mis en place deux itinéraires, un pour les vignes larges (2m50) et l'autre pour les vignes étroites (1m80). Mes pratiques sont encore en évolution, avec l'adoption en cours du semis direct. »

Pascal Pélissou

« Avec les couverts, je cherche à bénéficier d'une couverture hivernale pour récupérer les nitrates et à optimiser les flux d'azote du sol à la vigne et jusqu'à la vinification.

J'associe plusieurs espèces, féverole, vesce, pois fourrager, navette, phacélie, orge, avec une proportion plus ou moins importante de légumineuses dans le mélange selon l'orientation de la vigne (vin de pays ou AOP). Je vise également des sols bien structurés grâce à l'action des différents systèmes racinaires des plantes du couvert.

L'utilisation cette année d'un semoir direct va me permettre de semer mes couverts avant les vendanges. Je teste également sur 5 hectares un enherbement total dans l'inter-rang et sous le rang. »

Bertrand Dauzat

« Je vise une couverture quasi permanente des sols dans les inter-rangs de mes vignes, avec des couverts semés et spontanés. Mon objectif est d'avoir des sols plus vivants, plus riches en matière organique.  En réalisant un paillage protecteur grâce à un roulage du couvert début juin, je cherche également à conserver l'humidité de mes sols et à éviter un réchauffement trop rapide.

Pour les couverts semés, je privilégie le trèfle blanc, qui peut être associé à de la vesce, du triticale, de l'orge… Le trèfle blanc est très intéressant pour sa durée de vie, pour le peu d'entretien qu'il nécessite, et pour ses restitutions d'azote. Il couvre aussi bien le sol et s'adapte bien aux terres séchantes. Je teste également un couvert qui associe vesce et avoine. »

Laure Gontier

Agronome à l'IFV Sud-Ouest, Laure Gontier travaille depuis 2005 sur les thématiques d'enherbement de la vigne. 

« Je me suis d'abord intéressée à l'enherbement sous le rang, en tant qu'alternative à l'utilisation des herbicides. Depuis 2010, l'objet de mes travaux concerne l'utilisation des couverts végétaux comme engrais verts.

En matière de couverts, les possibilités sont multiples : couvert semé, avec différentes options dans le choix des espèces, couvert spontané, dans l'inter-rang et/ou sous le rang… Il est possible de mixer différentes approches en fonction des objectifs visés, qu'il s'agit au préalable de bien identifier pour mettre en oeuvre la méthode la plus adaptée. »

Florian Celette

Enseignant-chercheur à l'Isara de Lyon, Florian Celette a travaillé pendant 8 ans sur la thématique de l'enherbement de la vigne. Ses axes de recherches actuels concernent les associations entre cultures et plantes de services, notamment en agriculture biologique. Il est également responsable du parcours de spécialisation « viticulture et vin » à l'Isara.

« Je me suis tout particulièrement intéressé dans mes travaux à la concurrence hydro-azotée générée par le couvert à l'encontre de la vigne. Alors que c'est la concurrence hydrique qui est généralement mise en avant, j'ai pu mettre en évidence le rôle fondamental de l'azote. La concurrence du couvert vis à vis de l'azote est à la fois directe, le couvert absorbe l'azote du sol qui n'est plus disponible pour la vigne, et indirecte : le couvert assèche le sol et l'azote n'est alors plus accessible pour la vigne. Ces constats ont notamment permis d'affiner les préconisations liées aux apports d'azote ainsi qu'aux choix des espèces en fonction des objectifs du viticulteur. »

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