Pascal Pélissou viticulteur en conduites conventionnelles et biologiques à Brens (81)

« Avec les couverts, je cherche à bénéficier d'une couverture hivernale pour récupérer les nitrates et à optimiser les flux d'azote du sol à la vigne et jusqu'à la vinification. J'associe plusieurs espèces, féverole, vesce, pois fourrager, navette, phacélie, orge, avec une proportion plus ou moins importante de légumineuses dans le mélange selon l'orientation de la vigne (vin de pays ou AOP). Je vise également des sols bien structurés grâce à l'action des différents systèmes racinaires des plantes du couvert. L'utilisation cette année d'un semoir direct va me permettre de semer mes couverts avant les vendanges. Je teste également sur 5 hectares un enherbement total dans l'inter-rang et sous le rang. »


Le contexte

Pascal Pélissou s'est installé en 1995 sur l'exploitation familiale constituée de vignes et de grandes cultures. Alors déjà pratiquées par ses parents, les techniques d'enherbement ont motivé sa réflexion et son envie d'expérimenter, tant en vigne qu'en grandes cultures. Il a ainsi progressivement peaufiné la technique pour l'adapter à ses attentes.

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« Avec des couverts qui associent graminées et légumineuses, je cherche à bénéficier d'une couverture hivernale pour récupérer les nitrates, et à optimiser les flux d'azote du sol à la vigne et jusqu'à la vinification.

Je vise également des sols bien structurés grâce à l'action des différents systèmes racinaires des plantes du couvert. »

Viticulture et grandes cultures
52 ha en vigne (dont 10 ha en AB) et 35 ha en grandes cultures
5 UTH
  • Contexte physique

Gradient de sols depuis le bord du Tarn alluvions, boulbènes, boulbènes graveleuses puis de plus en plus légères et battantes.

  • Contexte de production
    • 23,5 ha en production AOP (haut de gamme : objectif 40 hl/ha, moyenne gamme : 55 hl/ha)
    • 17 ha irrigués (goutte à goutte) dont 5 ha en taille rase mécanique, pour un débouché vin de pays sous IGP (objectif 100 hl/ha),
    • 10 ha en conduite biologique (pour vin rouge)
    • 1,5 ha en raisin de table (10 variétés)
    • Les cépages : braucol, duras, syrah, merlot, gamay, cabernet, muscadelle, sauvignon.
    • Taille : cordon libre (pour la taille rase mécanique), guyot
  • Contexte économique
    • Vente auprès de la coopérative Vinnovalie.
    • Raisin de table en vente directe avec un autre agriculteur.

Pascal Pélissou s'est installé en 1995 sur l'exploitation familiale constituée de vignes et de grandes cultures. Alors déjà pratiquées par ses parents, les techniques d'enherbement ont motivé sa réflexion et son envie d'expérimenter, tant en vigne qu'en grandes cultures. Il a ainsi progressivement peaufiné la technique pour l'adapter à ses attentes.

Plusieurs objectifs sous-tendent en effet sa démarche, avec en premier lieu l'amélioration de la structure et de la fertilité du sol, une approche également développée sur la surface en grandes cultures.

Pour la vigne, différentes conduites sont mise sen œuvre en fonction des objectifs de rendement fonctions des débouchés AOP ou vins de pays.

Ce sont ainsi plusieurs itinéraires techniques qui coexistent sur l'exploitation, faisant intervenir à la fois des associations d'espèces semées et un enherbement naturel. Déjà pratiqué pour le semis de couverts en grandes cultures, le semis direct s'est également concrétisé pour les couverts semés dans la vigne. Une réflexion est aussi engagée sur un enherbement naturel total (rang + inter-rang) sur une surface-test en conduite biologique.

Le déclic

C'est une évolution du contexte de production combinée à une sensibilisation à la protection des sols qui ont guidé l'approche de Pascal Pélissou vis à vis des couverts végétaux.

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Des sols fertiles et des vignes productives

C'est une évolution du contexte de production combinée à une sensibilisation à la protection des sols qui ont guidé l'approche de Pascal Pélissou vis à vis des couverts végétaux.

« Dans les années 90, la productivité des vignes n'était pas un critère majeur. Nous étions alors sur une répartition de la production centrée sur les AOP (90 % contre 10 % en vins de pays). Puis la nécessité de produire à rééquilibré la proportion à parts égales (50 % AOP et 50 % vins de pays à partir de 2006) ».

Très attaché à préserver la fertilité de ses sols, Pascal Pélissou a alors eu l'idée de transposer ses pratiques en grandes cultures sur la vigne : « Je lisais la revue TCS, et je me suis dit qu'il serait peut-être possible de semer un couvert dans la vigne comme une interculture, puis de le détruire quand la vigne pousse. »

De ce concept allaient découler plusieurs essais puis itinéraires adaptés à chaque vocation des parcelles de vigne.

Mes pratiques agroécologiques : Enherbement du rang et/ou de l'inter-rang

La démarche, les savoirs agroécologiques (un travail du sol différencié, des couverts semés et des couverts spontanés), difficultés et pistes de réflexion...

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La démarche

Pour Pascal Pélissou, plusieurs critères orientent la constitution des couverts

  • ils doivent être composés de plusieurs espèces, qui permettent d'augmenter la biodiversité et d'étaler la prise de risque quant à leur levée,
  • ces espèces doivent posséder des systèmes racinaires différents, pour bien prospecter le sol et y puiser les éléments nutritifs,
  • ils doivent associer des graminées et des légumineuses, ces dernières étant intéressantes pour leur rôle de fixatrices d'azote de l'air.


Les objectifs qui y sont liés visent à bien structurer le sol, à bénéficier d'une couverture hivernale pour récupérer les nitrates dans le sol, et à optimiser les flux d'azote (également grâce à la présence de légumineuses) pour favoriser la teneur du moût en azote pour l'élaboration des vins de pays.
Enfin, les couverts sont roulés avec un rouleau Faca pour former un paillage plaqué au sol de manière à constituer un mulch qui réduit les pertes d'eau par évapotranspiration. De plus, ce paillage améliore la portance du sol et réduit ainsi les effets de compactions produits par les passages réalisés à l'occasion des interventions sur la vigne (traitements, épamprage, rognage…).
Les précautions prises en retour concernent la préservation des objectifs de rendement de chaque type de vignes, selon qu'elles soient destinées à produire du vin de pays, de l'AOC moyen ou haut de gamme, ou qu'elles soient en conduite biologique. Des itinéraires distincts sont mis en œuvre, avec enherbement semé ou naturel, un rang sur deux, sur tous les inter-rangs ou sur la totalité de la surface (à l'essai).

Les savoirs agroécologiques

Vignes en conventionnel : un inter-rang semé et un inter-rang en enherbement naturel

Pour ces vignes, un inter-rang sur deux est semé, de façon alternée chaque année, avec un mélange dosé à 180-200 kg/ha équivalent plein. Pour les vignes, en vins de pays, la proportion en légumineuses recherchée avoisine les 75 à 80 % afin de « booster leur vigueur », soit par exemple un mélange de féverole (100 kg/ha), vesce (30 kg/ha), pois fourrager (30 kg/ha), navette (3-4 kg/ha), phacélie (1-2 kg/ha), orge ou triticale (15-20 kg/ha).
Pour les vignes à destination AOP, la proportion en légumineuses est moindre (de 0 à 50 % du mélange), de manière à trouver un équilibre vis à vis de la vigueur de la vigne. Le mélange privilégie alors graminées et crucifères.
Ce couvert est semé en octobre avec un semoir direct à dent. Ce semis intervient sur un sol légèrement travaillé au préalable par un outil à disques (covercrop) passé dans l'inter-rang non semé durant le printemps.
A cette même période, en avril-mai, l'inter-rang semé est roulé et détruit par un rouleau Faca pour constituer un paillage protecteur.
Avec l'investissement dans un semoir direct Aurensan dans le cadre d'un groupement d'intérêt écologique et économique (GIEE), le couvert pourra être semé sans travail préalable, dès fin août (voir paragraphe « Pistes de réflexion »).
Lorsque le couvert a produit une biomasse suffisante, les vignes à destination AOP peuvent ne recevoir aucun apport d'azote en avril. Pour les vins de pays, la dose est diminuée de 20 à 25 unités, ce qui porte l'apport d'azote à 25 - 35 unités/ha. Les apports sont réalisés en localisé sur le rang.
Côté désherbage, c'est une intervention chimique localisée sous le rang qui est réalisée sur les vignes vins de pays et AOP moyenne gamme, et un désherbage mécanique avec intercep pour les vignes AOP haut de gamme.
 

Le couvert roulé au rouleau Faca (fabrication artisanale) constitue un paillage dense
C. Milou/Solagro

 

Vignes vins de pays IGP (objectif de rendement 100 hl/ha)

Période

Intervention culturale

Outil

Octobre

Semis du couvert (75 à 80 % légumineuses): féverole (100 kg/ha), vesce (30 kg/ha), pois fourrager (30 kg/ha), navette (3-4 kg/ha), phacélie (1-2 kg/ha), orge ou triticale (15-20 kg/ha)

Semoir direct à dent (artisanal)

Avril

Apport d'azote : 25 unités/ha dans les vignes pour IGP Vins de pays et aucune unité dans les vignes pour AOP

épandeur Kuhn avec localisation sous le rang (pas engrais sur le couvert)

Mai

Roulage du couvert semé

Destruction du couvert spontané

Désherbage sur le rang avec du glyphosate (1,5l/ha) et un produit racinaire (Katana à 60 g/ha)

Rouleau Faca

Covercrop (disques)

Pulvérisateur

 

Vignes AOP moyenne gamme (objectif de rendement 55 hl/ha)

Période

Intervention culturale

Outil

Octobre

Semis du couvert à 200 kg ha d'un mélange de graminées (orge ou triticale), de crucifères (navettes), phacélie, et jusqu'à 50 % de légumineuses maximum (pois fourrager, féveroles, vesces)

Semoir direct à dent (artisanal)

Mai

Roulage du couvert semé

Destruction du couvert spontané

Désherbage sur le rang avec du glyphosate (1,5l/ha) et un produit racinaire (Katana à 60 g/ha)

Rouleau Faca
Covercrop (disques)

Pulvérisateur

 

Vignes AOP haut de gamme (objectif de rendement 40 hl/ha)

Période

Intervention culturale

Outil

Octobre

Semis du couvert à 200 kg ha d'un mélange de graminées (orge ou triticale), de crucifères (navettes), phacélie, et jusqu'à 50 % de légumineuses maximum (pois fourrager, féveroles, vesces)

Semoir direct à dent (artisanal)

A partir de mars

Désherbage mécanique sous le rang

Intercep

Mai

Roulage du couvert semé
Destruction du couvert spontané

Rouleau Faca

Covercrop (disques)

 

En test sur les vignes pour vins de pays IGP : tous les inter-rang semés

Pascal Pélissou expérimente sur une parcelle de vignes à destination vins de pays, un semis sur tous les inter-rangs, mais avec deux largeurs de semis : un inter-rang est semé avec le même mélange graminées-légumineuses-crucifères sur une largeur de 1m30, l'inter-rang suivant n'étant semé que sur une largeur de 80 cm, entre les roues du tracteur. Ce rang est ainsi utilisé pour circuler lors des opérations hivernales.

En test sur les vignes AOP haut de gamme (objectif de rendement 40 hl/ha) un enherbement naturel total rang + inter rang

Contrôle du couvert avec des brosses métalliques rotatives - P. Pélissou
Sur ces vignes moins productives, Pascal Pélissou expérimente un itinéraire qui ne fait intervenir ni travail du sol, ni désherbage, ni broyage. « La tonte est à proscrire car elle stimule la pousse »
Le viticulteur va modérer la pousse du couvert sous le rang en réalisant courant juin un passage d'outil muni de brosses métalliques. Il prévoit de monter des peignes sur ce même outil pour réaliser en même temps un épamprage mécanique de la vigne : « Je souhaite en observer les effets sur la vigueur de la vigne ». Le couvert de l'inter-rang est quant à lui détruit et rappuyé au rouleau Faca durant la même opération (soit un seul passage pour la gestion du couvert sous le rang et dans l'inter-rang).
Si besoin, Pascal Pélissou prévoit de semer en direct au mois d'août des légumineuses dans le couvert naturel pour l'étoffer. « Mon objectif avec cet itinéraire est de privilégier l'épamprage mécanique et d'éviter autant que possible le désherbage et le travail du sol, tout en gardant des résultats acceptables sur la plan économique. »

 

Vignes en bio : enherbement naturel sur tous les inter-rangs.

Enherbement total
P. Pélissou
Dans les vignes en conduite biologiques, c'est l'enherbement naturel qui est plébiscité. « Je suis encore en train d'apprendre, et mon objectif pour ces vignes est de laisser faire au maximum la nature
Pour contrôler les adventices, le viticulteur procède à un travail du sol sous le rang avec un outil intercep qui est passé tous les mois à compter de mars, et ce jusqu'en septembre.
 
Pistes de réflexion

Semoir direct
C. Milou/Solagro
Avec l'investissement dans un semoir direct Aurensan dans le cadre d'un GIEE, Pascal Pélissou espère pouvoir semer ses couverts dès le mois d'août, avant les vendanges. « Semer le couvert plus tôt permettra de limiter les risques de levées d'adventices. Car lorsque l'on attend après les vendanges pour semer les sols ont tendance à se ressalir, ce qui nécessiterait un travail du sol ou un désherbage chimique… Le nouveau semoir Aurensan, nous permettra de semer plus tôt le couvert pour qu'il concurrence rapidement les adventices. »
Il a également prévu d'adapter son mélange d'espèces avec des plantes qui produisent un maximum de biomasse au printemps, et qui ne gèlent pas en hiver. « Je vais opter pour des espèces qui se sème tôt, comme le seigle, le trèfle incarnat, les crucifères, la vesce, qui ne risquent pas de geler en hiver, qui produisent une biomasse importante à partir de mars et fleurissent en avril mai. L'objectif est de pouvoir rouler un couvert épais qui forme un bon tapis jusqu'à l'automne. »

 

Intérêts du point de vue de l'agriculteur

 

Economiques

Agronomiques

Environnementaux

  • Gain de temps
  • Moins d'herbicides
  • Moins d'azote
  • Le paillage évite la germination d'adventices et limite l'évapotranspiration
  • Meilleure structure du sol
  • Amélioration de la fertilité du sol
  • Fixation d'azote grâce aux légumineuses
  • Diminution des herbicides et des engrais minéraux
  • Pas de sol nus en hiver (limite la fuite de nitrates)

Social : Diminution du temps de travail :

Mes recommandations

« Il ne faut pas hésiter à regarder ce qui se passe ailleurs et à adapter des techniques d'une culture à l'autre par analogie. Les échanges d'expériences se montrent utiles pour prendre du recul, tout comme les formations. Même en cas d'échec, il faut persévérer deux à trois ans de suite pour réellement tester une pratique qui semble intéressante. 

Enfin, l'objectif est de ne pas régresser sur le plan du temps de travail ou de sa pénibilité : les solutions trouvées ne doivent pas être plus contraignantes. »

Autres pratiques

  • Confusion sexuelle en bio ;
  • 5 ha de jeunes vignes en taille rase (cordons libres) ;
  • Gestion des fonds de cuve avec un Phytobac ;
  • En grandes cultures :
    • Colzas associés testés pour les prochains semis (association avec un mélange commercial de lentilles, sarrasin, trèfle annuel… et renforcé en tournesol ;
    • Mélanges féverole-pois.

 

Mes sources

  • Formations avec Frédéric Thomas (grandes cultures)
  • DVD de Stéphane Aissaoui
  • Revues spécialisées : TCS, Réussir Vigne
  • Chambre d'agriculture du Tarn
  • Vinovalie
  • IFV Sud Ouest
  • Echanges au sein du groupe Ecophyto-Déphy
  • GIEE (groupement d'intérêt économique et environnemental) « Couverts végétaux innovants en viticulture pour l'amélioration de la fertilité du sol afin de concilier réduction des intrants et durabilité de la production » : constitué par une vingtaine de viticulteurs, porté par la Maison des vins en partenariat avec l'IFV Sud-ouest et le Chambre d'agriculture du Tarn.
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