De quoi parle-t-on ?

La Lutte Biologique par Conservation et Gestion des Habitats (LBCGH) est un concept de lutte contre les ravageurs. Sa particularité est de manipuler l'environnement afin de favoriser les auxiliaires (animal prédateur ou parasite qui, par son mode de vie, apporte son concours à la destruction de ravageurs nuisibles aux cultures, définition de l'AFPP) et de désavantager les ravageurs. L'Organisation Internationale de Lutte Biologique a défini en 1992 les principes de la production intégrée dont deux portants sur la biodiversité et les paysages et la protection intégrée des cultures. La LBCGH s'inscrit dans ses deux principes de protection intégrée. Dans les objectifs de l'OILB, les Infrastructures AgroEcologiques doivent représenter au moins 5 % de la surface de l'exploitation sans apport d'engrais ni de pesticide (principe 1) et au moins deux des antagonistes principaux d'importance régionale de chaque culture doivent être spécifiés (principe 2).1

La LBCGH se place dans une démarche de reconception de l'agroécosystème afin de mobiliser au maximum les processus de régulation naturelle. Elle se différencie de la lutte biologique par augmentation ou inondation, par son caractère durable. En effet, le but est le maintien des auxiliaires naturellement présents et non leur ajout annuel.

La LBCGH se caractérise par la synergie entre deux approches : une régulation descendante « Top down » et une régulation ascendante « Bottom up » :

  Approche descendante
Régulation Top down
Approche ascendante
Régulation Bottom up
Niveau trophique ciblé Action via les auxiliaires Action via la plante cultivée
Finalité Favoriser les auxiliaires Défavoriser les ravageurs
Objectifs Améliorer la survie, la fécondité et la longévité des auxiliaires afin d'augmenter l'efficacité de prédation.2 Avoir une plante cultivée plus vigoureuse, plus difficile à localiser, plus difficile à coloniser
Moyens Mise en place d'Infrastructures Agroécologiques Modification des pratiques agricoles
Tableau 1: les deux approches complémentaires de la LBCGH

Ces deux approches ne s'adressent pas au même niveau trophique et sont complémentaires pour une gestion naturelle et durable des ravageurs. Ces approches sont à réfléchir à différentes échelles, de la parcelle au paysage3. La mise en place de la LBGCH nécessite du temps de mise en place et pour pouvoir observer des résultats. Cette méthode se veut durable et doit être envisagée dans des objectifs à moyen et long terme. 

Pour vous aider à aller plus loin dans la mise en place de la lutte biologique par conservation et gestion des habitats, nous vous invitons à visiter Herbea, notre outil numérique interactif pour connaître le réseau d'interactions entre ravageurs, plantes cultivées, auxiliaires et leurs plantes ressources, sous l'influence des pratiques agricoles et du contexte paysager. Destiné aux agriculteurs et à leurs conseillers, pour les plus curieux, retrouvez des fiches d'informations basées sur les résultats de projets de recherche et développement et pour les plus motivés, partagez vos expériences de terrain !

Zoom sur l'augmentorium et le projet GAMOUR

Le projet GAMOUR (Gestion Agroécologique des MOUches de légumes de la Réunion) était porté par le CIRAD et avait pour objectif la protection agroécologique contre les mouches des légumes. Ce projet repose sur trois piliers : la prophylaxie dont l'augmentorium, la lutte biologique et la conservation et gestion des habitats. L'augmentorium, voir photo, est une cage grillagée où les cucurbitacées piquées par les mouches sont ramassés et stockées car elles constituent des réservoirs de nouvelles mouches et de nouvelles générations. La maille de 2 mm permet de retenir les mouches et les larves à l'intérieur (et ainsi de casser leur cycle de reproduction) et de laisser s'échapper les organismes utiles de plus petite taille (micro-parasitoïdes).

Méthodes d'estimation de l'impact du contrôle biologique

  • Proies sentinelles (œufs et larves) : elles sont souvent utilisées pour mesurer la régulation biologique exercée par les prédateurs et parasitoïdes dans le paysage. Selon l'objectif, la proie cible réelle ou un organisme sentinelle artificiel (qui peut être ou ne pas être présent dans l'habitat étudié) sont introduits pour servir d'indication de l'activité de contrôle biologique. Elles peuvent être disposées au sol ou sur la plante. Le service rendu est estimé par le nombre de larves consommées.
  • Cages d'exclusion : le prédateur/parasitoïde n'a plus accès au ravageur sous la cage (disposée soit sur la plante ou sur un organe précis ou en déposant un liquide ou substrat gluant qui agisse comme barrière. Par comparaison à l'intérieur et à l'extérieur de la cage, on mesure le service de régulation biologique. La mise en place de mailles de différentes tailles permet d'exclure un sous-groupe d'ennemis naturels du ravageur visé et ainsi de montrer l'importance de ce sous-groupe pour la régulation biologique.

  • Carte de prédation, par exemple pour les carabes, des grains sont collés sur une bande, après une durée déterminée (par exemple 24h), le taux de prédation est estimé en comptant les grains restants. Cette technique peut être combinée à des pots Barber pour connaître les espèces de carabes présentes.

[1] El Titi A, Boller EF & Gendrier JP, 1993. Integrated Production Principles & Technical Guidelines (in English, French, German). Bulletin IOBC/WPRS 16. http://www.iobc-wprs.org/ip_ipm/01_IOBC_Principles_and_Tech_Guidelines_2004.pdf
[2] Landis D, Wratten S & Gurr G M, 2000. Habitat management to conserve natural enemies of arthropod pests in agriculture. 30pp. Ed : Annuals reviews.
[3] Tscharntke T, Klein A M, Kruess A, Steffan-Dewenter I & Thies C,  2003. Landscape perspectives on agricultural intensification and biodiversity – ecosystem service management. 18 pp.
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