Gérer les adventices dans un systèmes bio sans cultures d’hiver
La Démarche
La gestion des adventices est le premier problème agronomique sur l’exploitation, comme beaucoup d’exploitations de grandes cultures bio. Elle fait face à une présence importante de datura dans les parcelles. Mal géré, cela entraîne une baisse de rendement et une moins bonne valorisation de la culture car des pénalités de séchage et de tri sont appliquées par la coopérative (Agribio Union, collecteur bio, union de 6 coopératives du sud-ouest, dont Maïsadour est partenaire).
La démarche : intervenir le plus en amont possible autour de la période du semis de la culture de printemps grâce à un labour et des faux-semis, pour éviter un développement des adventices pendant la saison culturale, difficile à rattraper ensuite même avec des binages fréquents.
Un enjeu économique à améliorer la gestion des adventices
Une présence importante d’adventices dans les parcelles a des répercussions économiques négatives directes (baisse de rendement à cause de la concurrence) mais également indirectes : à la récolte, le prix d’achat baisse, à cause de pénalité de tri et de séchage appliqués par la coopérative (la présence d’adventice entraîne une humidité plus importante, même si les conditions météo à la récolte restent le facteur majoritaire). Le soja peut également être déclassé en soja pour l’alimentation animale au lieu d’humaine (-60€/tonne) à cause de la présence de datura. De plus, une mauvaise maîtrise en amont des adventices, entraîne plus de passages de binages en saison ce qui a un coût en termes de carburant (10 binages en 2025, plutôt que 7-8 dans la région en bio selon la technicienne de la coopérative).
En 2025, par exemple, le taux d’humidité mesuré par la coopérative sur le sorgho de l’exploitation était de 20%, soit une pénalité de -25€/tonne en frais de séchage, auxquels s’est ajoutée une déduction de 17€/tonne à cause de la présence de graines d’adventices. Soit un prix total d’achat du sorgho baissé de 20% à cause des pénalités (-42€ sur un total de 200€). Concernant le maïs, il y a également eu une pénalité de séchage mais pas de tri (seulement 2,6% « d’impuretés » mesurées).
Les savoirs agroécologiques
Description de la pratique
Depuis plusieurs années, les adventices sont gérées sur l’exploitation par la mise en place d’un labour à 25 cm sur l’ensemble des parcelles avant le semis des cultures de printemps, afin d’enfouir le stock semencier, puis des binages en saison.
La directrice a souhaité mettre en place des faux-semis pour la saison 2025-2026, afin d’intervenir le plus possible en amont de l’implantation.
Un couvert d’hiver diversifié a également été semé à l’automne 2025 sur toutes les parcelles (non fait en 2024).
Méthode utilisée
En 2026, un faux-semis a été appliqué sur la moitié de la surface cultivée (moitié de chaque culture : maïs, soja et sorgho). L’autre moitié a été gérée sans faux-semis.
Ainsi, les parcelles avec faux semis ont été labourées 3 semaines plus tôt que celles sans faux-semis (ex : labour le 31 mars sur les parcelles avec faux semis, labour le 20 avril sur les parcelles sans faux-semis). A cause des conditions météo, le sorgho a été semé le 25 mai après 4 faux semis.
Les étapes :
- Labour (31 mars en 2026 pour les parcelles avec faux semis ; 20 avril pour les autres parcelles sans faux semis).
- Faux semis en 3 passages : herse rotative pour aplanir, herse étrille et vibroculteur. Sur le sorgho, un 4e passage avec un déchaumeur à dent a été effectué fin mai car le semis a été décalé à cause de la météo
- Semis de la culture de printemps
- Avant la levée du maïs : 1 ou 2 désherbages à l’aveugle (herse étrille)
- Stade 2-5 feuilles (maïs) : 2 passages de bineuses + 1 passage herse étrille
- Jusqu’à fin juin, jusqu’à ce que le tracteur ne puisse plus passer dans les parcelles : passages de bineuse avec cœur, pour faire un butage sur le rang.
Résultats
2026 est la première année du faux semis donc il n’y a pas encore de résultats mesurés. Néanmoins voici les paramètres qui seront pris en compte.
- Réussite technique : comparaison de la densité des adventices entre les parcelles avec faux semis et sans faux semis fin juin (stade 8 feuilles)
- Confort de travail à la récolte : moins d’adventices signifie aussi une récole facilitée : les dernières années la moissonneuse batteuse bourrait à cause des adventices
- Équilibre coût/gain de revenus :
- Les faux semis ont entraîné en 2025 des coûts supplémentaires : 4 passages supplémentaires sur sorgho et 3 passages supplémentaires sur soja et maïs, à 8 km/h ; ainsi qu’un surcoût en heure supplémentaire (ex : un passage le week-end à cause de la météo)
- Ce coût devra être compensé par des revenus supplémentaires sur la parcelle avec faux-semis : rendement supérieur, prix d’achat supérieur (moins d’humidité, mois d’adventices donc pas de pénalité de tri)
Recommandations :
Il est important d’intervenir au bon moment pour une réussite du faux-semis : pas de pluie juste après le faux-semis sinon les plantules d’adventices se réenracinent.
Le faux semis est à renouveler chaque semaine en fonction des conditions météo.
Perspectives : désherbage à la main et diminution du labour
La directrice souhaite mettre en place du désherbage à la main, notamment dans les zones où il y a les forages et passages de pivot, où le développement du datura est fort à cause de l’humidité.
De manière générale, ce désherbage à la main est à faire avant que le datura monte en graine, fin juin ce qui posera des défis organisationnels.
Cela est recommandé par sa technicienne culture.
Par ailleurs, une attention sera portée au nettoyage de la moissonneuse avant chaque changement de parcelle, afin de ne pas ramener des graines d’adventices.
Une autre idée serait de limiter le labour, par exemple en mettant en place du semis sous couvert. Il n’y a pas de recul sur l’effet du labour sur la vie du sol (sableux) actuellement.
Concernant le couvert d’hiver, étant donné le faible succès de cette année, notamment à cause de l’hiver pluvieux qui empêche un positionnement optimal du semis (15 jours de retard en 2025), la directrice réfléchit à acheter un mélange plus simple, par exemple du triticale, qui apportera moins de matière organique, mais pourra servir de test pour la mise en place de céréales d’hiver dans la rotation (pratique abandonnée il y a quelques années à cause des rendements bas).
Spécificités liées au lycée agricole
Le fait d’être dans un lycée agricole entraîne des contraintes spécifiques : une entente est nécessaire avec l’équipe pédagogique du lycée de Mugron pour la prise de décision, pour respecter les besoins pédagogiques notamment pour les cours d’agroéquipement (ex : besoin des élèves de voir plusieurs types d’engins agricoles et plusieurs techniques de désherbage), et les contraintes économiques.
Par ailleurs il y a moins de souplesses pour les dates d’intervention par rapport à un agriculteur qui pourrait travailler le week-end par exemple, en cas de fenêtre météo favorable.
Intérêts du point de vue de l’agriculteur
Le tableau ci-dessous résume les spécificités de la mise en place du faux-semis sur les aspects économiques, agronomiques, environnementaux et sociaux, et les points de vigilance en orange.
Économiques
- Augmentation du prix d’achat (moins de pénalité sur le tri)
- Augmentation charges de carburant
Agronomiques
- Diminution de la présence d’adventice
- Augmentation des rendements attendue
Environnementaux
- Maintien en bio grâce à une technique efficace alternative aux désherbages chimiques
- Augmentation consommation carburant car plus de passages
Sociaux
- Confort des salariés à la récolte (moins de risque bourrage de la moissonneuse)
- Précision des interventions en fonctions des fenêtres météo donc nécessité parfois d’intervenir le week-end
- Plus de temps de travail à cause des passages supplémentaires de faux-semis