Mon système
Évolution de la stratégie de conduite de l’atelier grandes cultures sur l’exploitation
- De 1990 à 1996 : production d’endives et de céréales en conventionnel. Pratique du labour.
- De 1996 à 2016 : arrêt des endives au début des années 2000. Production majoritairement tournée vers le maïs et les céréales d’hiver, en conventionnel. Vers une simplification du travail du sol : mise en place du semis direct.
- 2016 : conversion en bio, mise en place de rotations légumineuses/céréales, en valorisant les légumineuses en alimentations humaine (lentilles, pois chiches, petits pois). Arrêt du semis direct pour gérer le salissement des parcelles. Production de chanvre pour la chanvrière de l’Aube.
- De 2022 à 2024 : Généralisation de luzerne à la place des légumineuses valorisées en grains. Augmentation de la surface de céréales (blé, orge). Vente d’une partie de la production de luzerne à une usine de déshydratation locale, contractualisation avec un semencier pour la production de semences de luzerne bio. Valorisation de la première coupe de luzerne en méthanisation.
Stratégie actuelle
Depuis 2022, la luzerne est au centre du système de la SCEA de La Maison Blanche : placée en tête de rotation elle contribue à gérer le salissement grâce à une couverture du sol pendant 3 ans. Elle permet également de faire rentrer de l’azote dans le système (fixation symbiotique de l’azote atmosphérique). La luzerne ayant plusieurs débouchés (première coupe en méthanisation et production de semence) elle représente un atout intéressant pour la résilience du système.
Cependant, les rendements en semence sont très aléatoires et l’intégralité de la production ne peut pas être valorisée en méthanisation (interdiction règlementaire de valoriser des cultures principales au-delà de 15 % du gisement en méthanisation et risque de surcharge azotée dans le méthaniseur risquant d’inhiber la production de biogaz).
A la suite de la luzerne, Dominique Goffart implante des céréales d’hiver (blé, avoine), qui bénéficient de l’apport d’azote du précédent de luzerne.
Du tournesol est également cultivé sur l’exploitation. Il présente l’avantage de pouvoir être biné, ce qui permet de gérer le salissement des parcelles en fin de rotation.
Les surfaces de la SCEA Goffart, situées sur des terres de vallée plus riches et plus faciles à travailler, sont cultivées en maïs conventionnel. Des CIVE d’hiver peuvent être implantées entre les maïs. En 2025, environ cinquante ‘hectares de seigle CIVE ont été récoltés sur les surfaces de l’exploitation. Environ trente hectares de maïs ont été ensilés pour être valorisés en méthanisation, ce qui correspond à une part de l’approvisionnement de l’unité inférieure au seuil des 15 % de cultures dédiées autorisées en France.
A terme, Dominique envisage d’augmenter la surface de CIVE d’hiver produites sur son exploitation bio. Il souhaite réduire la surface de luzerne sur la SCEA de La Maison Blanche et introduire davantage de cultures d’été (maïs en bio, tournesol) derrière lesquelles pourraient s’implanter les CIVE d’hiver, tout en maintenant une part significative de son assolement en luzerne (une cinquantaine d’hectares) pour continuer à bénéficier des intérêts agronomiques de la culture (couverture du sol pendant 3 ans, fixation de l’azote).
Cette stratégie permettrait également de réduire la charge en azote dans le méthaniseur, liée à un approvisionnement reposant majoritairement sur la luzerne. De plus, la mise en place de CIVE d’hiver entre les cultures d’été devrait permettre de mieux gérer l’enherbement des parcelles en bio.
Gestion de la fertilisation
Sur la SCEA de La Maison Blanche, les cultures sont fertilisées avec du digestat provenant de l’unité de méthanisation (cf. Mes pratiques agroécologiques – Le digestat).
Le digestat est épandu uniquement sur les parcelles les moins impactées par le salissement, pour gérer plus facilement l’enherbement. Le digestat liquide, plus riche en azote ammoniacal rapidement assimilable par les cultures, est apporté en sortie d’hiver sur les céréales ou au semis des cultures de printemps. Le digestat solide est quant à lui apporté à partir du mois de juillet et jusqu’à l’automne, avant le semis des céréales d’hiver.
Productions végétales
Assolement moyen
Aucun assolement enregistré.
| SCEA de La Maison Blanche | |
| Libellé | Surface (ha) |
| Luzerne | 98 |
| Blé tendre d’hiver | 70 |
| Avoine d’hiver | 30 |
| Orge de printemps | 21,5 |
| Tournesol | 30 |
| Graminée pure exclusivement pour gazon ou pour production de semences certifiées | 8 |
| Jachère | 0,5 |
| TOTAL | 258 |
Aucun assolement enregistré.
| SCEA de Goffart | |
| Libellé | Surface (ha) |
| Maïs grain | 37 |
| Maïs ensilage | 26,5 |
| Sorgho | 3 |
| Soja | 4 |
| Jachère | 10 |
| TOTAL | 80,5 |
Rotation théorique
Rotation en 6 à 7 ans sur les surfaces en bio de la SCEA de La Maison Blanche (250 ha)
- Année 1 à 3 : La luzerne apparait en tête de rotation, elle est semée au mois de juin. Un semis de seigle est ensuite réalisé en septembre à partir de la deuxième année, dans la luzerne déjà implantée. Le seigle est ensilé en même temps que la première fauche de luzerne, au printemps. L’exploitant réalise un pré-fanage d’un jour avant de récolter cette coupe mixte de luzerne et de seigle, pour en augmenter la teneur en matière sèche. L’ensilage de la première fauche de luzerne mélangée au seigle est valorisé en méthanisation. Cette précoupe de la luzerne permet également d’avoir de bonnes conditions pour la production de semences : retarder la floraison pour la faire concorder avec une période plus propice à la pollinisation, limiter la verse et les repousses végétatives qui concurrencent les plants producteurs de semence (FNAMS, Luzerne porte graine, 2021).
La semence de luzerne est ensuite récoltée en septembre, et la paille laissée au sol.
- Année 4 : A la suite de la luzerne, une céréale d’hiver (blé tendre ou avoine) est semée à l’automne et récoltée en juillet. Les pailles sont en général laissées au sol, mais une partie pourra être valorisée en méthanisation à l’avenir.
- Année 5 : Une céréale d’hiver est à nouveau cultivée.
- Année 6 : Une orge de printemps peut être implantée à la suite, en février ou en mars, pour être récoltée en juillet.
- Année 7 : Un tournesol est cultivé pour la dernière année de la rotation. La luzerne sera implantée en juin dans le tournesol déjà en place, ou dans les résidus d’une orge de printemps.
Monoculture de maïs sur les surfaces en conventionnel de la SCEA Goffart (80 ha)

Sur les 80 ha situés en vallée et conduits en conventionnel, Dominique produit principalement du maïs en monoculture. Sur une vingtaine d’hectares, une CIVE d’hiver (seigle ou blé) est implantée à l’automne après la récolte du maïs en ensilage, pour être ensilée au printemps avant le semis du maïs suivant.

Débouchés
- Céréales et tournesol : triées et séchées sur la ferme et vendues à une coopérative
- Luzerne : première fauche vendue à la société de méthanisation, contrat avec une entreprise de semence.
Intrants
- Produits phytosanitaires : SCEA Goffart : Elumis 1 L/ha + passage d’un anti-graminée ; SCEA de La Maison Blanche : pas de produits phytosanitaires en dehors des produits de biocontrôle autorisés en bio
- Irrigation : 100 ha de surface irrigable mais pas d’irrigation depuis 5 ans. Si le maïs bio est mis en place dans les années à venir, il pourra être irrigué en fonction des conditions climatiques. Irrigation accessible par pompage sur cours d’eau
- Azote minéral : apports d’azote liquide sur la SCEA Goffart, pas d’engrais minéraux sur la SCEA de La Maison Blanche (bio)
- Amendements organiques : digestat solide et liquide sur la SCEA de La Maison Blanche : 100 ha fertilisés en 2025, à hauteur de 15 t/ha de digestat solide ou liquide selon les cultures. Pas d’apport de digestat sur la SCEA de Goffart
- Fuel : 127 L/ha de SAU soit 32 330 L/an sur la SCEA de La Maison Blanche, hors prestations extérieures. Pas de consommation directe de fuel sur la SCEA de Goffart car les travaux agricoles sont externalisés à des prestataires
Semences
- Luzerne : 15 à 20 kg/ha
- Blé : 200 kg/ha
- Avoine : 120 kg/ha
- Orge de printemps : 120 à 130 kg/ha
- Tournesol : 75 000 grains / ha
- Maïs : 100 000 grains / ha
La majorité des semences sont achetées, une partie des semences de blé sont produites par l’exploitation.
Point sol
Sur les surfaces de la SCEA de La Maison Blanche, les sols sont globalement fins et caillouteux, difficiles à travailler. Leur faible potentiel a contribué à la décision de Dominique de convertir l’exploitation en bio : la perte de rendement était moins importante entre la situation initiale en conventionnel et la situation après passage en bio, et le contexte économique de l’AB permettait alors de mieux valoriser la production de céréales.
Les terres de la SCEA de Goffart, situées en vallée, sont plus profondes et plus riches (terres noires). Mieux adaptées à la culture de maïs, leur potentiel est cependant limité depuis quelques années par des problèmes d’hydromorphie.
Produits 2025
Les produits correspondent à la somme des deux structures (SCEA de La Maison Blanche et SCEA de Goffart), sauf précision du contraire.
- Aides : 145 402 €
- Produits végétaux : 126 502 €
- Travaux à façon et production activités annexes : 146 994 €
- Autres produits : 59 097 €
Chiffre d’affaires exercice comptable 2024-2025 : 318 256,58 €
Intrants 2025
Les achats d’intrants correspondent à la somme des deux structures (SCEA de La Maison Blanche et SCEA de Goffart), sauf précision du contraire.
- Semences achetées : 25 832€
- Engrais minéraux : 12 063 € (SCEA de Goffart uniquement)
- Produits phytosanitaires : 6 589 €
- Carburants, lubrifiants : 28 254 €(sur la SCEA de La Maison Blanche, pas de consommations sur la SCEA de Goffart car externalisation des chantiers agricoles)
- Électricité + eau : 22 909 €
- Entretien et réparation, petit matériel : 23 315 €
- Travaux par tiers sur productions végétales : 45 756 €
Données économiques
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Indicateur |
Valeur 2023 |
Valeur 2024 |
Valeur 2025 |
Commentaires |
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UTH non salarié |
1 |
Dominique et son frère sont référencés comme les deux associés des structures agricoles mais dans la pratique Dominique est le seul associé exploitant | ||
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EBE/UTH non salarié |
193 000 € |
168 000 € |
127 000 € |
Baisse depuis 3 ans, liée en partie à la première année de fonctionnement de la métha en 2024 et à une baisse de produit en 2025 |
|
EBE / ha |
575,74 € / ha |
501,16 € / ha |
379,06 € / ha |
Indicateur positif en comparaison avec la moyenne en grande culture en BFC (233 €/ ha en 2023, 86 €/ha en 2024) |
|
Sensibilité aux aides : aides PAC couplées et découplées /EBE |
Donnée manquante |
75 % |
114 % |
Forte sensibilité aux aides sur les deux derniers exercices. Surtout lié à la structure en conventionnel qui affiche une perte de produit entre 2024 et 2025. |
|
Produit d’exploitation /ha |
1 713,59 € |
1 943,61 € |
1 428,02 € |
Produit relativement fluctuant d’une année à l’autre (aléas climatiques, prix des céréales) |
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Dépendance financière |
Donnée manquante |
30 % |
67 % |
Part de l’EBE servant aux remboursements et agios. La hausse entre 2024 et 2025 est liée à de nouveaux investissements en matériel (tracteur) |
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Revenu disponible par UTH non salarié |
66 991,00 € |
64 931,00 € |
33 873,00 € |
Critère de viabilité d’une EA Le revenu disponible moyen sur les 3 dernières années correspond à 2,6 fois le SMIC. On observe cependant une fluctuation annuelle importante (en 2025 le revenu disponible représentait 1,5 fois le SMIC). |
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EBE / produits |
34 % |
26 % |
27 % |
Indicateur d’efficacité économique (moyennes grandes cultures en BFC : 7 % en 2024 15 % en 2023, 40 % en 2022 et 2021) |
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Taux d’endettement |
Donnée manquante |
29 % |
36 % |
Rapport du montant des dettes sur le passif de l’exploitation Taux d’endettement relativement bon |
L’analyse des résultats économiques cumulés des 2 structures, considérées comme une seule et même exploitation, révèle une baisse du niveau de rentabilité sur les trois derniers exercices comptables. Cependant, l’exploitation de Dominique Goffart se porte relativement bien par rapport aux moyennes régionales pour les exploitations en grandes cultures sur les deux dernières années.
En effet l’année 2024 a été particulièrement difficile, marquée par des conditions humides impactant les rendements et des prix de vente en baisse. Ce contexte défavorable concerne aussi les exploitations bio en grandes cultures.
Dans l’Observatoire Prospectif de l’Agriculture Bourgogne-Franche-Comté portant sur les résultats de 2024, on observe une chute du rapport EBE / Produit, indicateur de rentabilité, pour les exploitations spécialisées en grandes cultures. Ce ratio était de 7 % en 2024, contre 15 % en 2023 et 40 % en 2022 et 2021. La structure de Dominique Goffart affiche un ratio EBE / Produit supérieur aux moyennes régionales du secteur en 2023 et 2024.
L’exploitation est particulièrement autonome, avec des charges proportionnelles représentant 64 à 143 €/ha contre 578 €/ha pour la moyenne régionale des exploitations en grandes cultures. De même pour les charges de structure, elles représentent 1174 à 1324 €/ha contre 2600 €/ha pour la moyenne régionale du secteur.
Le produit de l’exploitation est de 1 428 €/ha en 2025, contre 1 300 €/ha pour la moyenne régionale. Ainsi, il apparaît que l’efficacité économique du système est principalement lié à son bas niveau de charge.
La mise en service du méthaniseur de la SAS Terres Energie en 2024 a nécessité des avances d’intrants et de main d’œuvre de la part des fermes pour produire les stocks de matières. Les retards de versement aux exploitations apporteuses de matières sont en train de se régulariser, ce qui laisse présager d’une meilleure situation économique pour ces dernières dans les prochaines années. Au cours des exercices 2023-2024 et 2024-2025 les ventes de matière à la méthanisation ont constitué un apport complémentaire intéressant pour l’exploitation de Dominique Goffart, qui ont contribué à maintenir des résultats satisfaisants malgré le contexte difficile en grandes cultures.
Aujourd’hui, Dominique Goffart affirme que la méthanisation contribue à plus de la moitié de la rémunération de la ferme.


Bâtiments
| Bâtiment | Surface | Année de construction |
| Hangar de stockage de céréale abritant un trieur et un séchoir | 400 m2 | 2000 |
| Stabulation | 370 m2 | 1990 |
| 2 tunnels légers de stockage | 460 m2 | 2010 |
Matériels
Dans le cadre du projet de méthanisation, les associés de la SAS Terres – Energie ont créé une Entreprise de Travaux Agricole (ETA) pour investir dans du matériel et réaliser des chantiers agricoles pour les apporteurs de matière du projet (épandages de digestat, ensilage de luzerne).
En dehors de l’ETA liée à la société de méthanisation, Dominique Goffart possède un parc de machines agricoles sur son exploitations. La maintenance est réalisée le plus possible en interne.
| En propriété | ETA créée avec la société de méthanisation |
| Tracteur 230 CV | Faucheuse |
| Tracteur 160 CV | Ensileuse |
| Charrue | 2 cuves de transport |
| Herse étrille | 1 benne de transport |
| Semoir combiné | Automoteur pour l’épandage des digestat solide et liquide |
| Semoir mono-graine | 1 télescopique sur le site de l’unité de méthanisation |
| Semoir à dents | |
| Cuve de transport |
Indicateurs Sociaux
Dominique travaille avec un salarié (à mi-temps) sur son exploitation agricole. Ce même salarié est également embauché à mi-temps sur l’unité de méthanisation pour assurer la gestion quotidienne du site. Le directeur de l’unité de méthanisation (l’un des associés de la SAS Terres Energie) et Dominique travaillent également sur le site de méthanisation. Au total la gestion de l’installation représente environ 1,5 ETP sur l’année.
Une Entreprise de Travail Agricole (ETA) a été créée par les associées de la SAS Terres Energie, dans le cadre du projet de méthanisation et réalise des prestations pour les exploitants qui fournissent de la matière au méthaniseur (ensilage de luzerne, épandage de digestat).
Bien que Dominique raisonne son assolement de manière à étaler le travail dans l’année, la période la plus chargée reste le printemps : les mois de mai et juin sont marqués par la récolte de la première fauche de luzerne mélangée au seigle, et par les semis des cultures d’été. Pour faire face à cette charge de travail importante concentrée sur une période restreinte, l’ETA créée avec la méthanisation embauche des salariés supplémentaires et fait appel à des transporteurs pour acheminer les ensilages sur le site de la méthanisation.
Les périodes d’épandage de digestat sont étalées entre février et mars pour le digestat liquide, puis à partir de juillet et jusqu’à l’automne pour le digestat solide.
Après l’été, la récolte des cultures d’été (maïs, tournesol) est suivie du semis des cultures d’hiver pour l’année suivante (orge en octobre, blé plus tard en novembre). Les orges de printemps sont semées en février, ce qui permet également d’étaler la charge de travail en décalant une partie des semis de céréales.