Séchage en grange collectif
Le séchage conçu autour de trois énergies renouvelables
L’unité de séchage de la CUMA Luzerne de Bresse a été conçue pour valoriser plusieurs sources d’énergies renouvelables complémentaires afin de produire un air chaud et sec, indispensable au séchage des fourrages et du maïs grain. Le choix de combiner plusieurs sources d’énergie répond à un double objectif : optimiser les consommations énergétiques tout en garantissant le fonctionnement de l’installation quelles que soient les conditions météorologiques ou les disponibilités de chaleur.

Le solaire thermique
L’énergie solaire est captée au niveau du pan sud de la toiture (bâtiment et appentis), soit une surface de plus de 2 400 m². L’air capté aux deux extrémités et au centre du bâtiment circule entre la toiture en fibrociment et les panneaux isolants. Cet air ainsi réchauffé et asséché est collecté et transféré dans des gaines jusqu’aux ventilateurs avant d’être renvoyé sous les cellules de séchage. Cette énergie récupérée permet une augmentation de l’air ambiant d’une dizaine de degrés au printemps et une diminution conséquente de l’humidité (10 à 20%). En fin de séchage, les ventilateurs ne tournent que l’après-midi, quand l’énergie solaire est maximale.
La récupération de chaleur issue de la méthanisation
L’énergie solaire est complétée par la récupération de chaleur issue de l’unité de méthanisation implantée à proximité du séchoir. L’eau chaude produite par la cogénération est valorisée pour augmenter la température de l’air insufflé dans les cellules. L’eau chaude est acheminée jusqu’au bâtiment, puis stockée dans un ballon tampon de 1 000 l. Elle circule ensuite dans un circuit fermé passant par 4 aérothermes de 100 kW placés en amont des ventilateurs. En saison estivale, ce sont près de 4 800 kWh par jour qui peuvent être récupérés. En 2026, l’unité de méthanisation doit bientôt remplacer son moteur de cogénération et il est probable que l’unité passe sur un système en injection. La récupération de chaleur ne sera donc plus possible, mais grâce à la chaudière, cela ne met pas en péril le fonctionnement de l’unité de séchage.
La chaudière à plaquette de bois
Pour optimiser le fonctionnement de l’unité de séchage toute l’année et sécuriser le système, une chaudière biomasse de 850 kW fut installée en complément notamment pour les périodes critiques de début de printemps et de fin d’automne. Alimentée automatiquement avec des plaquettes de bois déchiquetées, la chaudière assure une production d’air chaud envoyé vers les 6 ventilateurs de l’installation de séchage.
Les plaquettes de bois sont produites en partie par les adhérents de la CUMA, mais l’autonomie n’est pas encore assurée (consommation annuelle proche de 1000m3). Toutefois, le potentiel de production est important en Bresse et les adhérents sont de plus en plus impliqués.


Figure 2 : chaudière à biomasse (plaquettes bois)
L’association BALA accompagne les exploitations agricoles du département pour exploiter et valoriser le bois bocager des haies. Bénéficiant de l’appui technique de la Chambre d’agriculture et de la FDCuma, et du soutien financier du Conseil départemental, de la communauté d’agglomération du bassin de Bourg-en-Bresse, elle a mis en place une action de conseil à l’attention des agriculteurs pour mener à bien leurs chantiers de manière à savoir quantifier, gérer et aussi produire durablement les différents éléments issus du bois.
Pilotage des conditions météorologiques

Depuis avril 2026, de nombreux capteurs sont installés permettant un meilleur pilotage des conditions de séchage. Les données de température et d’humidité à l’entrée et à la sortie permettent d’optimiser la production de la chaleur et donc des énergies consommées. La production de chaleur pilotable est à 80% issue de la chaudière et à 20% de la méthanisation. La mesure de la pression du fourrage dans les cellules, donnée primordiale vis-à-vis de la circulation de l’air, permet de régler les ventilateurs et d’optimiser le chargement des cellules.
Une démarche collective
Sécher du fourrage en collectif
Progressivement, les adhérents ont fait évoluer leurs systèmes vers des prairies temporaires multi-espèces associant graminées et légumineuses. Ces mélanges permettent de produire un fourrage de qualité tout en apportant des protéines, des fibres et des minéraux dans les rations. Aujourd’hui, la majorité des fourrages séchés provient de ces prairies multi-espèces, tandis que la luzerne est maintenue uniquement sur les parcelles présentant les meilleures aptitudes agronomiques.
Au fil des années, le fonctionnement collectif a également évolué. Les règles très détaillées encadrant initialement les itinéraires techniques ont progressivement laissé place à davantage de souplesse. Le règlement intérieur porte désormais principalement sur la qualité de la fenaison et du préfanage, tandis que les échanges techniques entre adhérents se font de manière plus informelle. La mutualisation des fourrages, pratiquée au démarrage du projet, est également devenue plus marginale, les agriculteurs récupérant désormais majoritairement le fourrage issu de leurs propres parcelles.
Une organisation collective des chantiers
Chaque exploitation reste responsable des opérations de fauche et de fanage. En revanche, la planification des récoltes est coordonnée collectivement en fonction des prévisions météorologiques afin d’optimiser l’utilisation du séchoir. Le salarié de la CUMA organise les chantiers de récolte avec les agriculteurs concernés et mobilise les deux autochargeuses appartenant à la CUMA pour transporter le fourrage jusqu’au bâtiment.
À la sortie des cellules, le fourrage est rapidement pressé en bottes carrées d’environ 500 kg. Les capacités de stockage du bâtiment restant limitées, les bottes sont rapidement récupérées par les adhérents ou leurs clients afin de libérer les espaces nécessaires aux cycles suivants. Le séchoir fonctionne ainsi selon une logique de flux tendu pendant toute la période de récolte.
Cette organisation repose sur une concertation permanente entre les adhérents. Le bon fonctionnement de l’unité nécessite une bonne anticipation des récoltes.
Deux types de fourrage en production :
- La luzerne pure : environ 30 ha à 10 tMS/ha (en 4 coupes) ;
- Les prairies multi-espèces : majoritairement des prairies temporaires composées d’un mélange de graminées et de légumineuses (raygrass, trèfles, dactyle, féverole, fétuque…). Avec environ 160 ha engagés, ces prairies font l’objet de 4 coupes par an pour un rendement annuel de 8 tMS/ha.
En 2025, près de 1 450 tonnes de foin ont été séchées par la CUMA.



Figure 3 : Cellules de séchage et presse à foin
Sécher du maïs en collectif
Prévu dès la conception de l’installation, le séchage du maïs grain est progressivement devenu une seconde activité structurante de la CUMA. Depuis 2023, son organisation est distinguée de celle des fourrages afin de mieux répondre à l’évolution des calendriers de récolte. En effet, la précocité croissante des récoltes de maïs conduit désormais à un chevauchement des périodes de séchage des fourrages et des grains. Quatre cellules sont ainsi réservées au maïs dès la fin de l’été.
Avant chaque campagne, les adhérents estiment les surfaces et les volumes qu’ils souhaitent faire sécher. Cette planification permet d’organiser les capacités disponibles et d’anticiper les besoins éventuels de stockage. Les nouveaux apporteurs effectuent une année d’essai avant de devenir adhérents à part entière.
Le maïs est accepté uniquement lorsque son humidité est inférieure à 30 %. Après remplissage des cellules, le séchage est réalisé pendant une dizaine de jours afin d’abaisser l’humidité des grains à moins de 15 %. Plus lent que les procédés utilisant du gaz, ce séchage basse température permet de préserver les qualités nutritionnelles du grain. En 2025, plus de 1 000 tonnes de maïs ont ainsi été séchées par la CUMA.
À l’issue du séchage, les producteurs peuvent récupérer directement leur maïs ou bénéficier d’une prestation de stockage. Les modalités de stockage, de facturation et les règles de fonctionnement sont définies par un règlement spécifique adopté en 2026.
Valorisation / Commercialisation
Le site est doté d’un pont bascule qui permet aux adhérents de récupérer les productions séchées au prorata de leurs récoltes. Les agriculteurs ou les clients récupèrent rapidement les produits (peu de stockage). Le salarié de la CUMA met en relation clients et producteurs, mais chaque adhérent est responsable de sa production, qu’elle soit destinée à l’autoconsommation ou à la vente. Au début du projet, la production était majoritairement autoconsommée, seuls les surplus étaient commercialisés. Aujourd’hui, la commercialisation prend plus d’importance. Les cheptels, notamment laitiers, ont beaucoup diminués ainsi que les besoins fourrager. Toutefois, les surfaces en prairies temporaires ont été conservés. Le foin produit, reconnu pour sa qualité, dispose en effet d’une marge brute satisfaisante et moins volatile que les céréales.
Que ce soit le foin ou le maïs grains, les produits issus de l’unité de séchage bénéficient d’une belle renommée en lien avec leurs qualités nutritionnelles. Les éleveurs bénéficiant des AOC locales (crème, beurre et volaille) sont intéressés par cette production. Toutefois, la consommation locale perd du terrain en lien avec le contexte agricole français et les enjeux de renouvellement des génération (départ à la retraite des agriculteurs, difficultés de cession, prix du lait…). Le marché se développe ainsi de plus en plus en Suisse, Savoie et Haute-Savoie, à des prix avantageux.
Adhésion et gouvernance
Le fonctionnement de la CUMA repose sur des engagements des adhérents portant sur les volumes de fourrages ou de maïs destinés au séchage. Pour les fourrages, les engagements sont contractualisés sur une durée de quinze ans et conditionnent la répartition des parts sociales. Les quantités engagées servent au dimensionnement économique de l’installation et sont facturées même lorsque les volumes effectivement produits sont inférieurs. Les producteurs peuvent toutefois apporter des volumes supplémentaires lorsque les capacités du séchoir le permettent. L’activité de séchage du maïs dispose désormais de règles de fonctionnement spécifiques. Une estimation des surfaces et des volumes est réalisée collectivement avant le début de chaque campagne afin d’organiser les capacités de séchage et de stockage. Pour les paiements, un échéancier est produit en début d’année et une régulation est réalisée en fin d’année.
Modalités d’adhésion et de prestation pour les fourrages :
Une participation fixe a été établie à 1000 € (500 parts de 2€) et une part variable à 46€/t engagée (23 parts à 2€ avec obligation d’engagement sur 15 ans).
Une clause stipule que si un apporteur amène plus que la quantité engagée 3 ans d’affilés alors l’engagement peut être réévalué. Si l’apporteur apporte moins, sa participation reste à hauteur des quantités engagées contractuellement.
La prestation de séchage du foin revient à 125 €/tMS (autochargé, séché, botté et stocké temporairement).
Modalités d’adhésion et de prestation pour le maïs grain :
La participation fixe a été établie à 1200€ (sauf si l’adhérent possède déjà des parts liées au séchage de foin). Il n’y a pas de part variable.
Au 15 août, une réunion est organisée avec tous les apporteurs de maïs avec qui un prévisionnel des récoltes est défini. Selon les capacités, il est décidé en concertation des quantités engagés. Jusqu’en 2025, toutes les productions ont pu être séchées par la CUMA, toutefois, les quantités de maïs séchées par la CUMA augmentent chaque année.
Le coût du séchage est défini selon un barème qui évolue en fonction du degré initial d’humidité des grains. Les grains sont récoltés et livrés par les agriculteurs. Le stockage est réalisé sur une exploitation voisine qui fournit une prestation à la CUMA. La prestation de stockage revient 13€/t si les grains sont sortis dès la fin du séchage, 15€/t si les grains sont sortis avant le 1er décembre et 18€/t jusqu’au 1 février. Au-delà, si le maïs n’est pas sorti, une pénalité de 10€ par tonne et par quinzaine de jours est appliquée.

Après treize ans de fonctionnement, le collectif s’appuie encore largement sur les adhérents fondateurs, rejoints progressivement par de nouveaux membres. Le premier cycle d’engagement dans la CUMA était de 15 ans, ainsi il court de 2013 à 2027. Le renouvellement des engagements est donc un enjeu majeur des deux années à venir. Certains adhérents sont très proches de la retraite et la transmission des exploitations n’est pas toujours assurée. Il faudra donc être en mesure de retrouver des adhérents et de la production pour garantir le fonctionnement et l’amortissement de l’outil. Sachant que la moitié des amortissements sont déjà fait. Les responsables de la CUMA soulignent également l’importance de la communication entre les membres et le respect des règles collectives. Lorsque des difficultés apparaissent, elles sont discutées collectivement afin de rechercher une solution avant qu’elles ne s’aggravent.