Maxime Bajas

Ferme de l'Aouda

Photo de Maxime Bajas - Ferme de l'Aouda

Vulnérabilité climatique de l’exploitation

La démarche

Il s’agit de caractériser la vulnérabilité de la ferme aux aléas climatiques et ses leviers d’adaptation.

Dans cette approche, nous regarderons tout d’abord les différents aléas qui impactent aujourd’hui la ferme au regard des observations climatiques locales sur la période 1979 – 2024. Puis, les évolutions climatiques à venir d’ici 2050 seront illustrées au travers d’indicateurs agro-climatiques spécifiques du système de production de l’exploitation étudiée. Enfin, les pratiques d’adaptation déjà mise en œuvre sur la ferme ou bien en cours de réflexion seront abordées.

Quels sont les aléas climatiques rencontrés ?

Aléa

Période (Mois ou saison)

Occurrence (Lister les années)

Intensité (Mm forte pluie, nb de jours consécutif de sècheresse, température record, etc.)

Fortes températures

Été

Tous les 3 ans

Confort des animaux Baisse production laitière

Sècheresse

Été 

2022, 2024

Réduction du débit des sources en estives. Combiné à un manque d’enneigement hivernal certaines sources risquent de se tarir

Pression sanitaire

Printemps, automne

Tous les ans

Myiases ovine, FCO, MHE… Baisse de la production – Mortalité

Description du climat local

Les analyses climatiques portent sur la période 1979 – 2024 (Source : Agri4Cast, JRC, grid number : 69075 – Bedous).

La hausse tendancielle des températures annuelles se confirme localement sur la période d’analyse, à l’image de la situation plus générale en France. Cette hausse concerne tous les paramètres (températures moyennes, minimales et maximales) et provoque par exemple, un démarrage plus précoce de la pousse de l’herbe des prairies. Les dernières années (2018 à 2024) présentent presque toutes des valeurs assez élevées supérieures à la moyenne (de 16,0°C) de cette série climatique. L’année 2017 ressort bien comme étant l’année la plus chaude de la série chronologique avec une température annuelle moyenne de 18,4°C, soit 2,4°C supérieure à la moyenne sur cette série.

L’occurrence du nombre de journées chaudes (> 25°C) est en hausse significative sur la période analysée, avec des records s’établissant en 1995 et 2017, 2022, et 2023 atteignant plus de 180 jours chauds. La moyenne sur cette période étant de 144 jours. Par ailleurs, on observe une répétition au cours des dernières campagnes culturales (2022 à 2023) d’un nombre significatif de journées estivales (au-delà de 160 journées estivales par an).

La tendance est identique pour le nombre de journées très chaudes (> 30°C) qui progresse continuellement, avec une moyenne de 86 jours > 30°C. Quelques années se démarquent avec des pics du nombre de jours très chauds comme 2015 (109 j), 2017 (124 j), 2022 et 2024 avec plus de 80 jours.

Le déficit hydrique est calculé par la différence entre pluviométrie et évapotranspiration, il est cumulé sur le graphique ci-dessus pour la période juin à octobre, déclarée comme des périodes particulièrement sèches par l’agriculteur. Les dernières années sont caractérisées par une forte variabilité du déficit hydrique estival, avec des années particulièrement marquantes : 2005, 2015, 2017 et 2023.

Quelles sont les ressources touchées ?

Hausse des températures moyennes et hiver doux : augmentation des stress biotiques

Cela favorise la pression sanitaire avec de nouvelles maladies qui impactent les ruminants sur des périodes plus longues. Ces maladies sont transmises par des insectes dont le cycle d’apparition est plus long en raison de températures douces.

  • Myiase ovine : mouche qui pond directement des larves sur les brebis
  • FCO :  Fièvre Catharale Ovine qui est transmise par une mouche
  • MHE :  Maladie Hémorragique épizootique transmise par des moucherons

Ces maladies causent du stress et impactent la production de lait ainsi que la fertilité des animaux. Si les animaux ne sont pas vaccinés ou soignés à temps, cela peut entrainer leur mort. Cela demande aussi plus de soins et de vigilance pour l’éleveur.

Fortes températures estivales

Les fortes températures impactent les brebis. A partir d’une certaine température, les brebis vont cesser de s’alimenter pour « chômer ». L’amplitude plus forte des températures entre la journée et la nuit en montagne favorise la chute de production laitière d’au moins 10 %.

Sécheresses estivales et le manque d’enneigement

La production laitière en montagne nécessite de l’eau : 

  • Les brebis laitières consomment plus d’eau que les brebis viande
  • La fabrication du fromage nécessite de l’eau, notamment pour le nettoyage des ustensiles
  • La qualité de l’eau est dégradée

Une raréfaction de la ressource en eau en montagne ainsi qu’une dégradation de la qualité pourrait remettre en question la possibilité de faire du fromage en montagne et plus particulièrement en estive selon Maxime. Les estives sans eau ne peuvent être valorisées que par des races à viande.

Quelles évolutions climatiques à venir localement ?

L’inertie climatique à l’échelle du globe implique une continuité des évolutions climatiques déjà observées localement dans les prochaines décennies. Les Indicateurs Agroclimatiques suivant sont construits à partir des projections climatiques et illustrent les principaux enjeux climatiques à l’horizon 2050 pour lesquels des adaptations seront nécessaires (source : portail Climadiag Agriculture).

Point de grille : aux alentours de Etsaut / 1442 m d’altitude

Températures moyennes annuelles

Nombre de jours chauds > 25°C (période 1 juin au 31 octobre)

Pour l’horizon 2010, la médiane de l’indicateur est 8 jours. La médiane évolue à 17 jours pour l’horizon 2030, à 25 jours pour l’horizon 2050 et à 50 jours pour l’horizon 2100.

Pour l’horizon 2010, la valeur maximum de l’indicateur est 85 jours. La valeur maximum évolue à 87 jours pour l’horizon 2030, à 105 jours pour l’horizon 2050 et à 121 jours pour l’horizon 2100.

Pour l’horizon 2010, la valeur minimum de l’indicateur est 0 jours. La valeur minimum évolue à 0 jours pour l’horizon 2030, à 2 jours pour l’horizon 2050 et à 11 jours pour l’horizon 2100.

Date de démarrage de la végétation en estive

Pour l’horizon 2010, la médiane de l’indicateur est le 22 avril. La médiane évolue au 15 avril pour l’horizon 2030, au 10 avril pour l’horizon 2050 et le 31 mars pour l’horizon 2100.

Pour l’horizon 2010, la valeur minimum de l’indicateur est le 13 mars. La valeur minimum évolue au 7 mars pour l’horizon 2030, et au 8 mars pour l’horizon 2050. Maxime constate déjà des modifications de la date de démarrage de la pousse de l’herbe mais dépend des variations annuelles climatiques.

Date de valorisation par les troupeaux en estive

Pour l’horizon 2010, la médiane de l’indicateur est au 29 mai. La médiane évolue au 22 mai pour l’horizon 2030, au 16 mai pour l’horizon 2050.

Pour l’horizon 2010, la valeur maximum de l’indicateur est le 28 juin. La valeur maximum évolue au 28 juin pour l’horizon 2030, et au 24 juin pour l’horizon 2050.

Pour l’horizon 2010, la valeur minimum de l’indicateur est le 15 avril. La valeur minimum évolue au 14 avril pour l’horizon 2030, au 28 mars pour l’horizon 2050 et au 30 mars pour l’horizon 2100.

Indice Température – Humidité / Bovin

Avez-vous mis en place des pratiques d’adaptation ?

  • Agroforesterie pour favoriser l’ombrage des animaux sur le site d’exploitation : plantation de 90 arbres sous prairies dont 45 sont des fruitiers
  • Mise en défend des zones humides d’altitude pour conserver leur bon fonctionnement et préserver la ressource en eau : pour l’abreuvement des brebis mais aussi pour la qualité de l’eau nécessaire à la réalisation du fromage
  • Mise en place d’abreuvoirs dans les parcs où les brebis passent la nuit
  • Mono-traite (une seule par jour), plus tôt dans la matinée pour réduire les pertes de lait
  • Arrêt de la traite au printemps en juin 2022
  • Économie et récupération de l’eau lors du lavage des ustensiles pour éviter de gâcher de l’eau
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