Préservation des ressources naturelles
La consommation d’eau et d’énergie en estive
Maintenir l’activité agropastorale en montagne permet de faire perdurer l’entretien des hauts pâturages et avec eux la qualité des paysages montagnards. Néanmoins, pour que la production fromagère perdure en estive, ces abris ou cabanes de bergers sont des lieux de vie durant l’été en abritant berger, bergère, éleveur·euse, famille et autres salarié(e)s participant à l’activité fromagère et nécessite une certaine autonomie tant pour les hommes et femmes que pour les animaux.
Lorsque les bergers et éleveurs sont en estive, l’accès à certaines ressources est donc essentiel pour le bon fonctionnement de la production fromagère :
- Consommation journalière de la cabane :
- 30L d’eau chaude qui va être réutilisée pour laver les moules puis les bidons, puis faire bouillir les toiles. A chaque fois Maxime réemploi l’eau pour ne pas la gaspiller.
- 60L d’eau froide pour le rinçage final et l’usage domestique.
Le lavage s’effectue généralement avec du savon noir de manière quotidienne.
Si le lait se retrouve contaminé par exemple par une infection d’une brebis, la salle de transformation est totalement désinfectée.
- Abreuvement des animaux :
- 4 à 5L / brebis en fonction de l’herbe pâturé et de la température
- 30 à 50L / jour / vache
- Consommation d’énergie :
- Des panneaux solaires photovoltaïque produisent l’électricité de la Cabane de Lurbe
- Des panneaux solaires thermique permettent de produire de l’eau chaude sanitaire (ECS) pour les besoins de la production et de la vie courante.
Un groupe électrogène au fioul est utilisé pour le fonctionnement de la trayeuse.
Bien que Maxime utilise les ânes pour déplacer matériels et autres nécessités, 5 hélitreuillages sont effectués sur la saison d’estive :
- 2 en début d’estive
- 3 en fin de l’estive
Maxime est malgré tout approvisionné en nourriture par une muletière qui monte une fois par semaine en estive.
Zoom sur les zones humides d’altitude et leur mise en défend
Le Code de l’environnement définit les zones humides comme « des terrains, exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d’eau douce, salée ou saumâtre, de façon permanente ou temporaire ; la végétation quand elle existe, y est dominé par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l’année (Art. L.211-1).
Les zones humides se déclinent en plusieurs écosystèmes (forêts, landes, mégaphorphiaies, prairies …) qui abritent une diversité biologique qui leur est propre et remplissent de nombreux services écosystémiques :
- Rétention des eaux en période d’inondation
- Préservation de la ressource en eau en période de sécheresse
- Épuration de l’eau surtout N et P
- Limitation de l’érosion
- Stockage de carbone si en bon état hydrologique
- Régulation climatique
- Fourniture de ressources naturelles
- Réservoir de biodiversité pour de nombreuses espèces
Mais au-delà de ces services, elles jouent un rôle social, culturel, patrimonial et esthétique.
Ces espaces bénéficient de nombreux statuts de protection tant à l’échelle internationale : Convention RAMSAR (1970), Directive Habitats (1992), que nationale : Loi sur l’eau, Plans Nationaux.
Ces milieux sont soumis aux pressions anthropiques notamment l’agriculture réduisant de fait leurs fonctions et se retrouvant fortement fragmentés. C’est pourquoi au regard des fortes pressions pesant sur ces milieux et de la richesse spécifique qu’elles abritent, les zones humides sont considérées comme des réservoirs de biodiversité et de continuité écologiques dans la structuration d’une trame Verte et Bleue au sein d’un territoire.


Certaines zones humides d’altitude sont dégradées par le surpâturage des animaux en estive notamment par les gros gabarits (bovins, équins).
La dégradation de ces zones humides d’altitude est également préjudiciable pour l’accès à l’eau et le débit des sources pour l’abreuvement des animaux ainsi que l’eau utilisé par Maxime et sa qualité pour les besoins de la production fromagère.
Face à ce constat, la commune de Bedous, le Parc national des Pyrénées avec l’aide de berger comme Maxime ont répondu à l’appel à projet lancé par l’agence de l’eau Adour Garonne pour restaurer et protéger les zones humides du plateau de Banasse.
L’objectif a donc été la mise en défend de certaines zones humides.
Maxime a joué le rôle d’intermédiaire entre le parc national et certains éleveurs pour favoriser l’adhésion de certains à ce projet. Des clôtures fixes en bois ont été installées pour éviter que les animaux puissent divaguer et piétiner ces espaces.
Regard croisé Aurélie Castellana – Garde monitrice / Technicienne de l’environnement Parc national des Pyrénées – Unité territoriale Béarn
Après une première expérience de mise en défend de zones humides au sein du Parc national du Mercantour, Aurélie Castellana a proposé de retranscrire ces méthodes au sein du Parc national des Pyrénées et notamment sur le plateau de Banasse.
Quel rôle jouent les zones humides ?
Pour Aurélie, les zones humides sont des réservoirs d’eau et des zones de filtration. Ces milieux sont très riches (faune / flore) et fonctionnent comme des éponges. Le dérèglement climatique assèche les zones d’altitude alors restaurer ainsi que préserver ces milieux sont essentiels pour maintenir l’eau tant en quantité qu’en qualité.
Comment s’est déroulé la mise en défend de zones humides sur le plateau de Banasse ?
Après validation du Parc national des Pyrénées, des rencontres avec les éléveurs·euses ont permis de présenter l’enjeu de restauration et préservation des zones humides. Quelques-uns -unes ont été partants pour travailler conjointement. Les discussions se sont poursuivies avec la commune et la mairie de Bedous qui a été réceptive. Le projet a donc été décidé et validé en conseil municipal dans le courant de l’année 2022. À la suite de ces concertations et décisions, le collectif a déposé un dossier à l’appel à projet « restauration des zones humides » porté par l’Agence de l’eau Adour-Garonne.
Quels moyens pour ce type d’action ?
La subvention reçue a été de 24 000 euros. La commune de Bedous s’est fortement impliquée par une avance de ce montant pour lancer les travaux. Finalement, la commune a perçu 80 % de ce montant. Plusieurs zones humides ont donc été mises en défend en 2025 ainsi que des panneaux de sensibilisation sur le plateau de Banasse. Les retombées ont été importantes pour les deux éleveurs présents sur le plateau de Banasse. Aurélie nous rappelle l’importance de faire adhérer les bergers – éleveurs pour prolonger ce type d’action et assurer l’activité économique de production de fromage en estive.
Faune et flore
Le plateau de Banasse tout comme l’ensemble du Parc national des Pyrénées abrite une faune riche et spécifique mais aussi fragile et pour certaines en danger. On y trouve d’importantes populations d’isards, de marmottes, de bouquetins ibériques (réintroduits grâce à des programmes de réintroduction porté par le Parc national) ou de grands rapaces tels que le Gypaète barbu, le Vautour fauve, et le Grand tétras ou encore le Desman des Pyrénées en grand danger. Outre ces espèces emblématiques, les habitats accueillent surtout une riche diversité d’invertébrés.
Cette diversité faunistique tient sa richesse à celle des habitats et des plantes qui les composent. Très riches eux-mêmes, les cortèges floristiques peuvent comprendre aussi des espèces rares. Parmi les plantes, les pelouses sèches rocailleuses sur calcaire abritent deux espèces protégées : le Boucage à feuilles de Berle et le Bec de grue de Manesca. Dans les estives, près des cours d’eau, a été recensé le Saule bicolore espèce menacée. En vallée d’Aspe, une petite fleur rose est plutôt rare en France : la Thymélée de Ruiz.
La présence de ces espèces dépend en partie de l ‘activité pastorale, mais d’un pastoralisme raisonné, extensif pour éviter le surpâturage qui peut avoir un effet inverse et appauvrir la diversité globale. En somme contrairement aux idées reçues, le pastoralisme agit comme un gardien discret de la biodiversité.
C’est le cas par exemple de l’équarrissage naturel.
Il apparaît que la pérennité des rapaces nécrophages (vautours, milans, …) reste tributaire de la disponibilité et de l’accessibilité des ressources alimentaires produites localement. Même le plus opportuniste d’entre eux est dépendant de ces ressources alimentaires.
Les rapaces participent donc au service d’équarrissage naturel par l’élimination des cadavres d’animaux morts en estive. Par leurs actions, les vautours signent une relation complémentaire entre l’agriculture et la biodiversité. En effet, les relations entre activités agro-pastorales et la viabilité des populations de rapaces nécrophages représentent un exemple fort de convergence entre logiques de maintien des productions agricoles, plus particulièrement agro-pastorales et de conservation de la biodiversité.
Différents spécialistes peuvent être reconnues et observés sur le plateau de Banasse :
- Les vautours dit « tireurs fouilleurs » dont fait partie le vautour fauve et les espèces du type Gyps. Ils sont spécialisés dans les viscères et les muscles.
- Les vautours dit « déchireurs » s’attaquent aux parties les plus coriaces comme la peau ou les tendons et cartilages.
- Les vautours dit « picoreurs » comme le vautour percnoptère qui apprécient les menus morceaux.
- Les « casseur d’os » comme le Gypaète barbu est mis à part dans cette classification avec un régime essentiellement constitué d’os.