Pastoralisme : conduite du pâturage en estive
La Démarche
Le pastoralisme
Le pastoralisme est une activité ancienne dans le cœur et l’aire d’adhésion du Parc national des Pyrénées. Ces parcours pastoraux et pâturages d’altitude concernent un grand nombre de milieux naturels : zones humides, nardaies ou pelouses alpines, … supports d’une vie sauvage particulière et emblématique.
L’activité pastorale dans les parcs nationaux est bien vivante, menée par des éleveurs locaux ou transhumants. Au fil du temps, elle a évolué, s’est modernisée. Cette activité participe activement au maintien des milieux et espèces par l’ajustement des pratiques agricoles et pastorales.
Le pastoralisme contribue ainsi à la structuration écologique et paysagère des territoires, à la constitution du patrimoine naturel et culturel du Parc national des Pyrénées et à sa gestion. Ainsi, les paysages d’alpages et d’estives offrent une biodiversité et un caractère remarquable, résultat des interactions complexes et dynamiques entres activités pastorales et milieux naturels, que le parc national vise à préserver.
Le Parc national des Pyrénées
Au sein du Parc national des Pyrénées, la chaine des Pyrénées s’étire sur 100 km d’Est en Ouest englobant 6 vallées principales. Les estives Pyrénéennes se caractérisent par la grande diversité de leurs paysages : cirques glacières, vallons, plateaux d’altitude ou pentes abruptes, offrant ainsi un étagement avec une grande diversité écologique de ces espaces. Ces surfaces sont composées de pelouses et landes, entrecoupés d’aboulis et de zones humides.
Au sein du Parc national des Pyrénées, la proportion des surfaces en altitude représente un peu plus de 80 %.
L’estive du plateau de Banasse se situe dans la Vallée d’Aspe, rattachée à la commune de Bedous.
Équilibre entre pastoralisme et milieux naturels
A l’étage alpin, si le pâturage n’influe pas sur la physionomie des paysages, il conditionne en revanche la composition floristique des espaces naturels notamment les pelouses.
Plus bas en altitude, l’arrêt du pâturage peut se traduire par un développement des espaces forestiers.
Très présentes au sein des estives pyrénéennes, les nardaies des Pyrénées représentent un ensemble de pelouses rases, denses, aux types très diversifiés, plus ou moins marqué par la présence du Nard raide. Ces pelouses peuvent se retrouver à différents étages sur des substrats calcaires ou acides, en situation humides ou sèches. C’est le cas de l’estive du plateau de Banasse.
Le retrait tardif du manteau neigeux (juin) laisse s’exprimer une flore discrète relativement appétante lorsque le Nard ne domine pas. On peut y trouver la Fétuque rouge, le trèfle alpin, la Benoite des montagnes, le Liondent des Pyrénées souvent associées au Genévrier ainsi qu’au Rhododendron ferrugineux.
Ces milieux constituent des parcours ovins très anciens inscrits dans une longue tradition pastorale. La gestion de ces pelouses détermine leur devenir et leur valeur fourragère ou pastorale (VP).
Le sous pâturage ou l’abandon favorise la reprise des dynamiques naturelles (milieux plus fermés type landes). A l’inverse, le Nard raide, avec un pâturage intensif mais lâche conduit à une extension de cette espèce au détriment des autres. Chargement important de courte durée est préconisé pour maintenir des nardaies diversifiées et avec une bonne valeur fourragère.
Sur les estives, ces surfaces sont mélangées avec des landes, des lacs et des tourbières et garantissent un large éventail de conditions de vie à la faune et flore des montagnes Pyrénéennes.
Afin de mieux comprendre ces équilibres entre pastoralisme et milieux naturels, les diagnostics pastoraux ou agro-pastoraux permettent de dresser un état des lieux exhaustif du pastoralisme et des pratiques associées. En accord avec la préservation de la biodiversité, ces diagnostics permettent de définir un chargement animal et une valeur pastorale avec un potentiel fourrager. Il conviendra d’ajuster l’effectif du troupeau à cette valeur pastoral, de définir des quartiers et parcours afin de limiter la fermeture du paysage tout en préservant la valeur pastorale des pâturages d’une année sur l’autre et les milieux.
Les Unités Pastorales d’altitude (UPA)
Définition et surfaces
Une unité pastorale est une portion de territoire toujours en herbe dont la fonction principale est le pâturage extensif par des troupeaux divers (ovins, bovins, équins, caprins). Elle forme une unité géographique de plus de 10 ha et est géré par un seul gestionnaire. Son utilisation est saisonnière, pour des raisons d’altitudes et de climat, sans retour des animaux au siège de l’exploitation.
On distingue 3 types d’Unités Pastorales :
- Les unités de haute altitude : situées au-dessus de l’habitat permanent, utilisées en période estivale (juin à septembre) durant une période d’environ 120 jours
- Les unités d’altitude moyenne : situées soit au-dessus de l’habitat permanent soit au niveau de l’habitat permanent, utilisées en période estivale mais pour une durée plus longue (120 à 180 jours)
- Les unités d’inter-saison : parcours intermédiaires

Le Parc national des Pyrénées dont la superficie totale est de 252 059 ha est composé de 271 UPA (Unités Pastorales d’Altitude). Ces UPA ont une superficie de 164 156 ha soit 65 % du territoire du Parc.
Le cœur du Parc est quant à lui composé d’UPA à hauteur de 88%.
La surface moyenne de ces Unités Pastorales d’altitude est de 606 ha.
Gestion des UPA
Le pastoralisme d’altitude connaît des formes collectives depuis plusieurs siècles, les communautés locales ayant organisé des systèmes d’accès aux estives.
Plusieurs outils ont été élaborés grâce à la Loi Pastorale de 1972 avec :
- Les Associations Foncières pastorales (AFP) : regroupement des propriétaires et cadrage de l’usage pour faire face à des surfaces morcelées
- Les groupements pastoraux (GP) : regroupement des éleveurs souhaitant pâturer une même zone et organiser le pâturage de façon collective
- Les Conventions Pluriannuelles de Pâturage (CPP)
Au sein du Parc national des Pyrénées, la propriété foncière des UPA est communal (dont communal indivis) à 99%. Seul 1% concerne des propriétés privées.
Les gestionnaires des UPA sont :
- Les communes à 61%
- Les commissions syndicales à 23%
- Les groupements pastoraux à 13%
- Les associations de fait à hauteur de 1%
Savoirs Agroécologiques
Flux de la transhumance ovine estivale au sein du PNP
Les estives du Parc national des Pyrénées accueillent environ 152 000 ovins chaque année.
Les troupeaux proviennent essentiellement :
- Des communes du PNP = 48%
- Des départements concernés par le PNP = 50 % Haute Pyrénées et Pyrénées Atlantiques
- Départements plus lointain = 2%

Conduite du pâturage en gardiennage permanent
Le pâturage s’organise généralement par période et sur des parties de l’estive concernée que l’on appelle « quartiers ». Chaque quartier correspond en principe à un étage de végétation où l’herbe est à maturité au moment où le troupeau y pâture.
Afin d’optimiser la consommation de la ressource, le troupeau n’est pas censé exploiter la totalité du quartier en même temps. Le berger construit des circuits de pâturage et adapte ces circuits en fonction des objectifs.
En effet, le pâturage des brebis laitière en estive demande une autre forme de technicité et de savoir-faire que le gardiennage de brebis viande.
Ces circuits journaliers se répètent plusieurs jours de suite et dépendront des animaux en production ou taries, du relief, des possibilités d’abreuvement et de la précocité des espèces herbacées présentes.
Mais le type de gestion diffère d’une estive à l’autre et des conditions préétablies avec les « utilisateurs » de ces estives.
Dans le cas de Maxime, les animaux sont conduits par le berger en 2 lots, un est géré par Maxime, l’autre par un aide berger qui est salarié sur la saison d’estive. Les animaux ne sont jamais seuls avec un Patou mais toujours avec un berger, un chien de troupeau et 2 patous par lots.
Les parcours sont différents pour le lot des brebis taries et des brebis laitières. L’objectif est de préserver le confort et la moindre dépense d’énergie des brebis laitières pour conserver un bon niveau de production de lait.
Durée de présence en estive
La transhumance des brebis en estive a lieu en juin et se réalise en cours de lactation : les brebis montent juste après la traite du matin soit en une fois soit en 2 temps. Les vaches suivent également les brebis pour monter à l’estive.
Quant à la descente d’estive, elle se fait fin septembre pour les brebis et mi-octobre pour les vaches.
Répartition du chargement
Le chargement est géré de façon que les besoins des animaux soient satisfaits fonction de leurs objectifs de production :
- 2 lots sont organisés pour gérer la pâture jusqu’à fin août pour équilibrer le chargement et la pousse de l’herbe :
- Lot des brebis taries : Départ de la cabane à 12h, elles ont un parcours plus long, plus haut avec des zones plus contraignantes au niveau de la ressource fourragère et plus escarpées mais où il y a plus de fraicheur en août.
- Lot des brebis laitières : Départ de la cabane à 10h ou 11h, elles ont le parcours le moins physique pour les épargner des dangers et éviter qu’elles dépensent trop d’énergie.
- Pour les laitières, le parcours est adapté en fonction de l’ensoleillement pour éviter une ressource trop humide :
- Préférentiellement vers des zones déjà réchauffées et sèches pour qu’elles dépensent moins d’énergie.
- Lorsque la météo est moins clémente, le départ est retardé, en effet, les quartiers humides et froids demandent plus d’énergie aux brebis.
- 1 seul troupeau est constitué à partir de début septembre quand l’ensemble des brebis sont taries et que les jeunes agnelles des autres troupeaux sont redescendues pour être mise à la reproduction.

Éléments pris en compte pour déterminer le parcours des animaux
- La météo du jour
- Le type de végétation
- Les zones avec trop de paturin car souvent ceux sont des zones trop « azotées » qui déséquilibrent la panse des brebis laitière en production et peut engendrer l’entérotoxemie
Concernant les vaches, elles vont où elles veulent et ne sont pas conduites. Toutefois, une attention journalière leur est portée afin de s’assurer de leur bien-être.
Choix alimentaires et ressources pâturées
Dans le cadre de la licence professionnelle « Gestion et animation des espaces montagnards et pastoraux », un rapport de stage (réalisé par P. Etchegoyhen – le pâturage des brebis basco-béarnaise en estive : une première approche méthodologique de leur choix alimentaire, 2013) a permis une première approche méthodologique des choix alimentaires des brebis de Maxime Bajas sur le plateau de Banasse.
Des observations poussées ont permis sur la base de la bibliographie de mettre en lumière la relation entre forme adoptée par le troupeau et son activité en cours. L’objectif étant de comprendre quelles ressources les brebis consomment.
L’étude montre plusieurs types de déplacement :
- Déplacement allongé en file : même direction sur des milieux peu appétant, étroits ou accidentés. Pas de prise alimentaire
- Déplacement ovoïde sans fil : alternance de déplacements et pâturage faible – souvent déplacements entre deux points de parcours où les brebis peuvent sélectionner la végétation présente
- Pâturage mobile en front : en arc de cercle, faible allure, ceux de derrière sont plus lents. Phase courte généralement en sortie d’enclos quand les besoins d’ingestion sont forts
- Pâturage stationnaire circulaire : troupeau statique et réparti sur une zone de végétation appétante
Pour définir les types de végétation consommée, plusieurs diagnostics de végétation ont été réalisés.
Une carte de végétation a pu être établie. Les zones ainsi que les compostions de ces zones ont pu être délimitées. Ceci permettant d’avoir un aperçu rapide des zones, des espèces et de la localisation de la consommation du troupeau.
A titre d’exemple, un histogramme des espèces les plus présentes a été dressé :

Ce graphe permet de visualiser le nombre de contact par espèces fonction des zones et des espèces.
Deux espèces ressortent du lot : le Nard raide et la fétuque rouge.
Ce travail a été effectué à plusieurs dates pendant la période d’estive.
Prédation
L’Ours passe au printemps et à l’automne mais ne représente pas une grosse pression sur l’estive de Banasse.
Application des règles : zone électrifiée / 4 patous pour garder les brebis / pas d’armes.
Intérêts du point de vue de l’agriculteur
Économiques
- Accès aux estives et ressource fourragère gratuite
- Faible consommation d’intrants
- Utilisation d’énergie renouvelable en estive
- Les ânes comme source de transport
- Cahier des charges (Esprit parc national et Pé Descaous) permettant un gage de qualité
Agronomiques
- Pastoralisme
- Pâturage extensif, raisonné et étagé
- Grande diversité floristique des prairies
- Apports de matières organiques au sol : fumiers
- Structure du sol et vie du sol
- Valorisation des races locales
Environnementaux
- Aucune utilisation de produits de synthèse
- Préservation de la biodiversité (faune / flore)
- Entretien des estives et des prairies
- Protection des zones humides
- La ressource en eau tend à diminuer avec le changement climatique
Social
- Emploi d’un aide berger pour la conduite du troupeau sur la période d’estive
- Sauvegarde du patrimoine bâti
- Vivre en harmonie avec la nature et ses convictions