Fabien TIGEOT

EARL LA VILLE ALY

Photo de portrait de Fabien Tigeot

Valorisation du bocage et production de bois énergie

La Démarche

Lorsque Fabien s’est installé sur la ferme en 2008, il n’y avait pas d’entretien particulier du bocage, sauf prélèvements ponctuels de bois morts et de bois bûche. Soucieux de préserver le patrimoine bocager, et de conserver un cadre de vie de qualité, Fabien entreprend la gestion des 15 kilomètres de haies et de bordures de bois. L’éleveur précise « conserver le paysage bocager relève pour moi du bon sens, et nécessite un certain savoir-faire : entretenir, couper, valoriser. Il s’agit de donner du sens, de faire du lien, de raccourcir les circuits, de projet sur le long terme. » Après plus de 20 ans sans gestion, le potentiel de ressource est important. Chaque année, l’entretien est ciblé autour des prairies destinées à être remises en culture : prélèvement des bois morts avec mise en sécurité, élagage de branches gênantes, recépage d’arbres et arbustes. Ces interventions sont indispensables pour limiter la fermeture des prairies, et permettre le passage des engins agricoles sur les parcelles.

Dans les années 2010, le cédant de la ferme, propriétaire des terres et voisin, équipe son château d’une chaudière à bois plaquettes. L’essor de ce débouché très local, suivi de la création d’une filière locale de bois énergie, la SCIC Argoat Bois-Energie, décide Fabien à produire du bois plaquette.

Savoirs Agroécologiques

 Gestion durable du bocage

Linéaire entretenu

La ferme de Fabien est située au cœur du bocage breton. Autour du corps de ferme, un tissu bocager dense – haies, lisières de bois, avec de nombreux arbres centenaires, est hérité de l’ancien domaine du château. En 2026, 12 kilomètres de haies et 8 kilomètres de bordures de bois sont présents sur l’exploitation. Ces linéaires sont composés d’essences diversifiées, majoritairement feuillues : chênes, châtaigniers, pins, bouleaux, merisiers, hêtres, saules, noisetiers… La futaie de chênes est le type de haie majoritaire.

Organisation du travail

Entretenir le bocage est une évidence pour Fabien, toutefois, il tient à optimiser le temps passé à cette activité. Ainsi, chaque année, le travail est concentré sur les prairies destinées à être remises en culture, ce qui représente 7 à 8 hectares.

L’entretien est réalisé lorsque les arbres sont au repos végétatif et que les feuilles sont tombées :

  • Début d’automne sur les parcelles plus humides, pour bénéficier d’un sol portant ;
  • D’octobre à février sur les autres parcelles.

Fabien réalise seul les travaux, sauf pour les interventions en hauteur qui nécessitent l’utilisation d’une nacelle sur tracteur, et donc d’un conducteur. Ces interventions réalisées en binôme sont concentrées sur 2 jours. Les autres opérations sont réalisées « à temps perdu », étalées sur un à trois mois, à raison de sessions de 2h par jour.

Travaux réalisés et outils

Les travaux de taille, de coupe et de nettoyage visent à limiter la fermeture des prairies, dégager le passage des engins agricoles, enlever les branches ou arbres morts, et favoriser la mise en lumière de certains tronçons pour assurer leur renouvellement. Fabien a pu bénéficier d’un savoir-faire transmis par le cédant, pour sélectionner les branches et arbres à couper de sorte à garantir une bonne cicatrisation, à conserver l’équilibre des arbres (structure, rapport branches-racines, surface foliaire pour la photosynthèse) et à permettre le renouvellement des ligneux.

Quelques exemples

Exemples de coupes nettes au ras du tronc, respectant la ride de l’écorce ©Réseau Haies

Les branches sont coupées nettes, près du tronc, en respectant les rides de l’écorce pour favoriser une cicatrisation rapide et éviter l’apparition de chicots.

Etalement des interventions de coupe de branche sur un haut-jet adulte ©Réseau Haies

Sur les haut-jets, la coupe de branches de diamètre important, qui sont gênantes pour la circulation, est étalée sur plusieurs années. Cela laisse le temps à l’arbre de cicatriser et retrouver sa vigueur. Aucune coupe sévère n’est effectuée.

Fabien utilise une perche élagueuse télescopique pour les branches accessibles et de plus petit diamètre. Pour les branches de diamètre important, ou trop hautes, la coupe est réalisée avec une tronçonneuse, depuis une nacelle montée sur un tracteur. Cela permet d’intervenir sur des hauteurs allant de 3 à 7 mètres.

Recépage : de la coupe à la reprise de souche ©Réseau Haies

Fabien procède au recépage d’arbustes – coupe nette à la base du tronc – avec une tronçonneuse. Cette technique supprime le système aérien du sujet et conserve le système racinaire. Les réserves contenues dans le système racinaire favorisent l’émergence, dès l’année suivante, de nombreux rejets, et de nouvelles racines. Ce rajeunissement permet de renouveler des tronçons vieillissants, et d’améliorer leur productivité avec l’apparition de rejets vigoureux.

Depuis son installation, Fabien a également planté 3 haies multistrates, dont une sur talus, représentant 2,5 kilomètres. Plusieurs objectifs sont poursuivis : diviser des îlots trop grands pour créer des paddocks de 2 ha maximum, réaliser une séparation entre des parcelles bio cultivées pour l’alimentation humaine et des parcelles voisines conduites en conventionnel, limiter l’érosion avec une implantation perpendiculaire à la pente, créer des corridors écologiques et assurer une bonne connectivité pour la biodiversité. Un accompagnement technique et financier a été réalisé dans le cadre du programme Breizh Bocage, dédié à la reconstitution du bocage.

Label Haie

Le label Haie est un dispositif de certification qui encadre les pratiques de gestion durable des haies ainsi que la distribution du bois labellisé par les filières. Pour cela, il existe deux cahiers des charges distincts. Concernant la partie « gestion », un agriculteur gestionnaire de haie est certifié lors d’un premier audit à condition de mettre en œuvre des pratiques de gestion durable (niveau 1 du Label Haie). La gestion durable d’une haie permet de maintenir ses fonctionnalités dans le temps. Le Label est construit de sorte à accompagner les agriculteurs dans l’amélioration de leurs pratiques. Le cahier des charges prévoit ainsi trois niveaux d’efforts liés aux pratiques de gestion durables (niveaux 1, 2 et 3), qui sont des jalons à atteindre successivement sur un pas de temps de 10 ans, avec des audits réguliers.


Le Label Haie : un label pour préserver les haies

Depuis 2026, l’exploitation est certifiée Label Haie. La démarche est portée de façon collective par la SCIC Argoat Bois-Energie. Grâce à cette certification, Fabien peut bénéficier du bonus haie de la PAC (20€/ha/an). Ce bonus est obtenu à condition d’avoir au moins 6% de haies sur la SAU, dont un minimum de 6% sur terres arables, et d’être certifié Label Haie. La plaquette bocagère certifiée est valorisée par la SCIC Argoat Bois-Energie avec un prix d’achat supérieur (+10€/tonne). L’accès à de nouveaux marchés est également possible (exemple : approvisionnement de bois certifié Label Haie recherché par Yves Rocher).

Valorisation de la ressource

Productions et débouchés

La ressource bocagère est valorisée de différentes façons :

  • Piquets de châtaigniers pour clôtures – 500 piquets fabriqués en deux fois depuis 2008, stock suffisant pour les prochaines années (utilisation d’environ 30 piquets par an) ;
  • Bois bûche pour la chaudière à bûches de l’habitation – 12m3/an. Ressource ciblée : bois facilement exploitable ;
  • Bois plaquette – 270m3 par an soit 60 tonnes/an (volume qui peut varier entre 150 m3 et 300 m3 selon les années). Ressource ciblée : branchages, bois difficile à valoriser en bois bûche.
    • 20 m3 : paillage de jeunes plantations sur la ferme ou fermes extérieures
    • 70 m3 : vente directe au château voisin pour chaudière bois plaquettes
    • 180 m3 : vente à la SCIC Argoat Bois-Energie

Production de plaquette bocagère

A l’aide d’un treuil forestier ou d’un grappin, Fabien rassemble l’ensemble des branches et branchages prélevés sur une prairie destinée à être remise en culture dont le sol est portant en hiver, et qui est facilement accessible pour la prestation de broyage. L’enjeu est de disposer les branches parallèlement pour faciliter le travail avec le grappin utilisé pour alimenter le broyeur. Pour cela, Fabien a construit un outil spécifique à partir d’un grappin à fumier. Cette organisation de chantier est cruciale pour optimiser le temps de prestation de broyage, dont le tarif horaire est de 400 €HT. En général, 3 à 4 heures sont nécessaires pour 200 m3.

Grappin à fumier transformé en grappin à branches par Fabien pour organiser les tas de bois destinés au broyage

La prestation de broyage est réalisée au mois de mars. Les plaquettes produites sont d’un calibre adapté à la chaudière du château (environ 6×4 cm). Le tas de plaquette, d’une hauteur de 3 à 5 mètres, est stocké sur une parcelle dédiée le temps du séchage. Le bois commence à fermenter dans les heures qui suivent le broyage : montée en température pouvant atteindre 70 à 80°C au bout de 4/5 jours. L’eau contenue dans les plaquettes s’évapore, la circulation est favorisée par la forme en dôme (cône d’évacuation). En principe, en 4 mois, la plaquette passe d’un taux d’humidité d’environ 50% à un taux de 20/25%. Le séchage du bois est recherché pour en améliorer le pouvoir calorifique.

Une fois ce processus terminé, le tas de plaquettes est recouvert sur la ferme, et recouvert d’une bâche respirante. Cette solution évite à l’agriculteur la construction d’un hangar spécifique.

Tas de plaquette stocké de façon provisoire sur une prairie destinée à être remise en culture

Les plaquettes sont vendues au cours de l’hiver suivant au château voisin, ainsi qu’à la SCIC Argoat Bois-Energie. Le prix de vente est de 30€HT/m3 livré. Une fois le coût de broyage déduit, l’activité génère environ 4800€/an, ce qui couvre l’entretien du bocage (temps passé, matériel, transport…) et génère un petit supplément de revenu.

Zoom sur la SCIC Argoat – Bois – Énergie

La Société Coopérative d’Intérêt Collectif – SCIC – Argoat Bois-Energie a été créée en 2013, après 3 ans de structuration par un collectif constitué en association : les 4 communautés de communes du Pays de Pontivy, la Chambre d’agriculture, la fédération des CUMA du Morbihan et les Entreprises de Travaux Agricoles. Elle est née de l’intérêt croissant de nombreux acteurs dans le Pays de Pontivy, et de l’émergence de nouveaux projets de chaudières bois collectives, sur un territoire où il n’existait pas de filière bois énergie locale. Ce projet de territoire s’est inscrit dans le cadre du Plan Bois Énergie Bretagne, porté par le Conseil Régional de Bretagne et par l’ADEME. La SCIC est basée à Pontivy (56), avec un rayon d’action sur l’ensemble du département du Morbihan. Parmi les 55 sociétaires, près de la moitié sont des agriculteurs et forestiers.

  • Volume annuel traité : 4345 tonnes soit environ 15000 m3 de bois plaquette, dont 60% de plaquette bocagère. Cela représente près de 32 km de haie ;
  • Essences valorisées : toutes les essences ligneuses sans distinction, de préférence : châtaignier, saule, bouleau, peuplier, noisetier, chêne (branches) ;
  • Prix de vente moyen à la tonne livrée à la chaufferie : 120€ pour un taux d’humidité à 25%. Plaquette certifiée Label Haie : +10€/tonne ;
  • Débouchés bois énergie : 13 chaufferies – piscine, hôpital, collège, petits réseaux de chaleur communaux, entreprises (Silvadec, Yves Rocher). Les entreprises et piscine ont besoin de bois toute l’année. Les autres chaufferies fonctionnent de septembre à avril ;
  • Energie produite : 3.6MWh/tonne à 25% d’humidité ;
  • Caractéristiques des plaquettes : en fonction des exigences de la chaudière. Exemples : granulométrie P31 pour les chaudières de petite puissance, P63 pour les entreprises ayant des chaudières de puissance supérieure ;
  • Autres débouchés pour 600 à 700 tonnes : bois de paillage pour les collectivités et paysagistes, fine de criblage pour une utilisation en litière pour un éleveur bovin.

La SCIC a pour mission de gérer les stocks de plaquette présents chez les agriculteurs et sur les plateformes en location (50% du bois produit est stocké chez les agriculteurs sociétaires, 50% sur 6 plateformes louées par la SCIC). Sur 2 des plateformes, la société coopérative cible le bois destiné aux chaufferies les plus exigeantes. La SCIC répond aux appels d’offre et établit le prix en concertation avec les agriculteurs concernés. Dans chaque contrat, le prix est révisé tous les 1 à 3 ans en appliquant une formule de révision des prix, qui inclut les indices sur les prix du carburant.

A travers ses sociétaires et partenaires (ETA, CUMA, entreprises et agriculteurs pour le criblage, le transport, le stockage, la Chambre d’agriculture de Bretagne, Association AILE, Association Coat Nerzh Breizh), la SCIC intègre une diversité de services et compétences facilitant la production locale de bois énergie.

Intérêts du point de vue de l’agriculteur

  • Revenus : bonus haie de la PAC, vente de plaquette
  • Rémunération du temps passé à l’entretien du bocage
  • Atelier non déterminant économiquement : latitude importante pour assurer le bon fonctionnement des ateliers élevage et végétal en cas d’aléas
  • Structure du sol et vie du sol
  • Stockage de carbone
  • Résilience cultures et élevage en cas d’aléas climatiques
  • Bien-être animal
  • Facilite la gestion en pâturage tournant : délimitation de paddocks de 2 ha, renouvellement des piquets de clôture
  • Régulation naturelle des ravageurs
  • Biodiversité
  • Diversité des espèces
  • Protection contre l’érosion et l’assèchement estival
  • Préserve la beauté du bocage
  • Lien au territoire
    • Valorisation locale du bois : bois énergie, paillage
    • Cohérence des circuits : les coquilles d’œufs achetées pour le chaulage des sols sont hygiénisées localement par la SAS Terremo’logic, qui utilise le bois énergie comme source de chauffage
    • Collaboration avec une diversité d’acteurs (ETA, CUMA, SCIC, associations…)
  • Bien-être personnel : maintien d’un paysage patrimonial, harmonie et lien permanent avec le vivant
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