Mes pratiques agroécologiques
La démarche
Il s’agit de caractériser la vulnérabilité de la ferme aux aléas climatiques et ses leviers d’adaptation.
Dans cette approche, nous regarderons tout d’abord les différents aléas qui impactent aujourd’hui la ferme au regard des observations climatiques locales sur la période 1979 – 2025… Puis, les évolutions climatiques à venir d’ici 2050 seront illustrées au travers d’indicateurs agro-climatiques spécifiques du système de production de l’exploitation étudiée. Enfin, les pratiques d’adaptation déjà mise en œuvre sur la ferme ou bien en cours de réflexion seront abordées.
Quels sont les aléas climatiques rencontrés ?
L’exploitant n’a pas souvenir d’un aléa climatique marquant sur l’exploitation depuis son installation, ni même de forte canicule. D’après lui, le système 100% herbager, avec une diversité de configurations des prairies (pente, exposition, sols séchants ou plus humides) et un taux de chargement adapté permet une production fourragère suffisante quelques soient les années. Une qualité moins bonne de la ressource alimentaire à une période peut être compensée par les animaux lors d’une période plus propice. Fabien précise que cette stratégie ne fonctionnerait pas pour un troupeau de vaches laitières, avec une qualité du lait contrôlée quotidiennement.
Aucun accident de culture n’a été constaté depuis le début d’exploitation. Le démarrage de la culture de chanvre peut être compliqué, avec un rendement très hétérogène, sans qu’une corrélation soit faite avec des conditions climatiques particulières. Les cultures à cycle court peuvent être plus impactées par un printemps/été sec, le maïs semble avoir une meilleure capacité à compenser que le chanvre.
Les puits de surface à partir desquels les animaux sont abreuvés se tarissent courant septembre. Le relai est pris en pompant de l’eau dans l’étang, éventuellement dans la rivière (très ponctuel), au plus près des animaux.
Quelles évolutions climatiques à venir localement ?
L’inertie climatique à l’échelle du globe implique une continuité des évolutions climatiques déjà observées localement dans les prochaines décennies. Les Indicateurs Agroclimatiques suivants sont construits à partir des projections climatiques et illustrent les principaux enjeux climatiques à l’horizon 2050 pour lesquels des adaptations seront nécessaires (source : portail Climadiag Agriculture).

A l’échelle de la France, la température moyenne annuelle augmentera de près de 1,5 °C d’ici l’horizon 2030 par rapport au climat récent et de plus de 2 °C d’ici l’horizon 2050. Ce réchauffement montre toutefois une variabilité spatiale et saisonnière.
La figure ci-contre représente, saison par saison, l’évolution de la température moyenne entre le climat récent et celui attendu aux horizons 2030 et 2050 autour de Bohal. On constate une hausse des températures moyennes à chaque saison, particulièrement marquée en été avec une hausse de la normale estivale passant de 18,49 à 20,16°C.

La hausse de l’occurrence du nombre de journées chaudes (> 25°C) entre le 1er juin et le 31 octobre déjà constatée devrait se poursuivre, pour passer d’une médiane à 30 journées estivales par an sur la période du passé récent à plus de 52 journées estivales par an à l’horizon 2050, soit une hausse de plus de 20 jours. Les années les plus extrêmes pouvant dépasser les 100 jours.

La baisse tendancielle du nombre de jours de gel par an devrait se poursuivre, pour passer d’une médiane à 22 jours de gel par an sur la période du passé récent à 13 jours de gel par an à l’horizon 2050. Lors d’année plus extrêmes, il pourrait n’y avoir aucun jour de gel.

Contrairement aux températures, l’évolution des précipitations en France présente des incertitudes importantes. Les évolutions présentent des contrastes saisonniers importants avec une tendance à la hausse des précipitations en hiver et une tendance à la baisse en été. Cette évolution dans la répartition des précipitations implique des périodes avec peu de précipitations plus fréquentes en été et des épisodes de fortes pluies plus fréquentes en hiver.
Stades de valorisation des prairies

On observe un raccourcissement de 5 jours en moyenne du cycle de développement des prairies, avec une date de mise à l’herbe avancée de 5 jours à l’horizon 2050 par rapport au passé récent.


La température seule n’est pas suffisante pour juger du degré de confort thermique des animaux. Les ruminants sont très sensibles, l’hiver comme l’été, aux excès d’humidité. L’ITH (Indice Température Humidité) vise à estimer le degré d’inconfort d’un animal en fonction de la température ambiante et de l’humidité relative de l’air.
Au-delà d’une valeur de 68, correspondant par exemple à une température de 22°C avec une humidité de 50%, les ruminants subissent déjà un stress léger ayant des impacts sur leur production.
Seuils d’ITH et niveaux de stress associés (Collier et al.2011) :

On observe donc une hausse du nombre de jours par an situation de stress thermique (ITH>68) pour les vaches, passant d’une médiane de 107 jours dans le passé récent à 129 à l’horizon 2050, soit une hausse de plus de 20jours. Les années les plus extrêmes peuvent atteindre les 170 jours en situation de stress thermique.
Avez-vous mis en place des pratiques d’adaptation ?
- Équilibre entre surfaces herbacées, surfaces cultivées et taux de chargement pour assurer l’autonomie alimentaire du troupeau quelques soient les années ;
- Taux de pâturage d’environ 75%, très faible recours aux concentrés : limite les besoins en eau par rapport à une alimentation plus riche en matière sèche et/ou concentrés ;
- Forte densité de haies et bordures de bois sur l’ensemble de l’exploitation : micro-climat favorable à la protection de l’herbe et des cultures, des animaux ;
- Projets récents et à venir d’agroforesterie sur les derniers grands îlots, avec des essences diversifiées et adaptées au contexte de changement climatique ;
- Diversité de configurations parcellaires (exposition, pente, type de sol) permettant d’adapter les cultures et la gestion du pâturage. En été, prairies plus humides avec plus d’herbe, temps de pâturage plus important (5 jours) ;
- Pratiques favorables à un sol fertile, retenant l’humidité : pas de labour, faible fréquence de travail du sol, rotations longues incluant au moins 6 années de couvert prairial, densité d’arbres importante ;
- Recherche de l’autonomie de l’exploitation : autonomie alimentaire du troupeau, autonomie en intrants ;
- Diversification des ateliers de productions