Optimiser l’usage de l’eau en maraîchage diversifié
La Démarche
À la ferme de Plantzydon, la gestion de l’eau repose sur une approche globale combinant aménagements paysagers, amélioration des sols et pilotage précis de l’irrigation. L’implantation de haies et la création d’une mare contribuent à limiter les pertes d’eau, tandis que les apports de matière organique et les couverts végétaux renforcent la capacité de rétention des sols. L’irrigation, assurée par deux sources et des systèmes adaptés (goutte-à-goutte et aspersion), est finement ajustée grâce à un suivi hebdomadaire des cultures et de l’humidité du sol. Cette stratégie permet d’optimiser les apports avec une consommation totale (irrigation pépinière, légumes et eau de lavage) maîtrisée d’environ 10 000 m³ d’eau pour 2,4 hectares. Cela représente donc un total de 4 170 m3/ha, au-delà de la moyenne publiée des 3 000 m3/ha : On évalue les besoins annuels en irrigation de 1500 à 3000 m3/ha/an, en comptabilisant une surface sous abris de 10% (https://www.produire-bio.fr/articles-pratiques/gestion-de-leau-en-maraichage-une-des-cles-de-la-reussite/). Ceci s’explique premièrement par le fait que leur surface sous abri représente 22% de la surface cultivée, deux fois plus que ce qui est comptabilisé, que deuxièmement dans ces 10 000 m3, il y a aussi l’eau de lavage des légumes qui alimentent une mare et aussi l’eau d’irrigation pour la pépinière et que troisièmement, ils utilisent les méthodes de bassinage comme moyen de lutte biologique.

Le pilotage de l’irrigation
À Plantzydon, l’irrigation repose sur une infrastructure dimensionnée dès l’installation pour garantir l’autonomie. Un premier système de pompage, alimenté par le canal dérivé de la Breda, assure un débit de 6 m³/h, complété par une seconde ressource capable d’atteindre 12 m³/h, ce qui permet de sécuriser l’approvisionnement en eau et de faire face aux pics de besoins en période estivale. L’eau est ensuite distribuée via des réseaux adaptés aux différents contextes de culture : le goutte-à-goutte est privilégié pour des apports localisés et économes, directement au pied des plantes, tandis que l’aspersion est utilisée pour des besoins plus diffus, notamment pour les semis, les jeunes plants ou le rafraîchissement des cultures en période chaude, aussi bien sous serre qu’en plein champ. Cette diversité de systèmes permet d’ajuster finement les modalités d’apport en fonction des espèces, des stades de développement et des conditions climatiques.
La gestion de l’irrigation s’appuie ensuite sur un pilotage précis et régulier. Chaque semaine, les besoins des cultures sont évalués en croisant les observations de terrain (état des plantes, dynamique de croissance) avec les données météorologiques, via un outil d’aide à la décision. En complément, des carottages du sol sont réalisés à l’aide d’une tarière gouge afin de mesurer concrètement l’humidité à différentes profondeurs et d’anticiper les besoins réels en eau. Ces informations permettent d’ajuster très finement les doses et les durées d’irrigation, parfois à la minute près. Les apports sont majoritairement programmés la nuit ou en fin de nuit, moments où l’évaporation est minimale et l’efficacité maximale. Ce pilotage technique précis permet ainsi d’éviter à la fois les excès et les déficits hydriques, tout en optimisant l’utilisation de la ressource et en sécurisant le développement des cultures.
Ce pilotage fin permet ainsi de sécuriser les rendements tout en optimisant l’usage de la ressource en eau. Il offre également un gain de temps et de sérénité pour les maraîcher·ères, en facilitant la prise de décision et en réduisant les incertitudes, contribuant ainsi à une gestion plus durable, précise et moins contraignante de l’irrigation au quotidien.
La santé du sol
En parallèle, un travail approfondi est mené à Plantzydon sur la qualité des sols afin d’augmenter durablement leur capacité de rétention en eau et leur résilience face aux aléas climatiques. Des apports réguliers de compost et de fumier permettent d’enrichir le sol en matière organique, élément structurant qui améliore la stabilité des agrégats, la porosité et la formation du complexe argilo-humique. Cette évolution favorise une meilleure capacité du sol à stocker l’eau et à la restituer progressivement aux cultures, tout en soutenant une activité biologique intense, essentielle au bon fonctionnement du sol.
Parallèlement, la mise en place systématique d’engrais verts et de couverts végétaux entre les cycles de culture vise à maintenir les sols couverts le plus longtemps possible. Ces couverts jouent un rôle clé en limitant les phénomènes d’évaporation, d’érosion et de battance, tout en améliorant la structure du sol grâce au développement racinaire. Ils contribuent également à favoriser l’infiltration de l’eau lors des pluies ou des irrigations, réduisant ainsi le ruissellement et les pertes.
L’ensemble de ces pratiques s’inscrit dans une logique de sol vivant, où la gestion de la matière organique et de la couverture végétale permet de réduire progressivement les besoins en irrigation. En améliorant la capacité du sol à retenir et à mobiliser l’eau utile, les cultures bénéficient d’un accès plus régulier à la ressource, ce qui sécurise leur développement tout en optimisant l’usage de l’eau à l’échelle de l’exploitation.
Les haies et la mare
Pour limiter les besoins en eau, les maraîcher·ères ont aussi agi sur le microclimat en implantant près d’un kilomètre de haies. Ces aménagements paysagers jouent un rôle multifonctionnel : en tant que brise-vent, ils réduisent la vitesse du vent au niveau des cultures, limitant ainsi l’évapotranspiration et le dessèchement des sols. Leur effet d’ombrage, variable selon les essences et leur implantation, contribue également à abaisser les températures au sol et à maintenir une humidité plus stable. En complément, les haies participent à l’amélioration de la biodiversité fonctionnelle, favorisant la présence d’auxiliaires et renforçant la résilience globale du système. Elles peuvent aussi améliorer l’infiltration de l’eau en limitant le ruissellement et en structurant les horizons de surface grâce à leur système racinaire.
Cette démarche est complétée par la création d’une mare, pensée comme un élément de gestion intégrée de l’eau à l’échelle de la ferme. Elle permet de récupérer et de stocker l’eau issue du lavage des légumes, qui est ensuite valorisée plutôt que rejetée. Au-delà de cet aspect fonctionnel, la mare joue également un rôle tampon en cas de fortes pluies, en contribuant à la régulation des flux d’eau. Elle participe par ailleurs à la création d’un microclimat local plus humide et favorise le développement de la biodiversité (faune aquatique, insectes, amphibiens), ce qui s’inscrit dans une logique agroécologique globale. L’ensemble de ces aménagements permet ainsi de réduire la dépendance à l’irrigation tout en renforçant la durabilité du système de production.
Intérêts du point de vue de l’agriculteur
Économiques
- Investissement très important
- Optimisation de l’irrigation et de l’usage de l’eau en quantité
- Un saisonnier en moins à embaucher pour ouvrir et fermer les vannes
Agronomiques
- Lutte biologique par bassinage
- Réduction de la température sous serre par brumisation
Environnementaux
- Restauration et préservation de la biodiversité
- Réduction des recours aux biocontrôle grâce au bassinage et à l’irrigation de nuit et fin de nuit
Sociaux
- Moins de charge mentale sur la gestion de l’irrigation