Accroître la biodiversité fonctionnelle
La Démarche
La ferme Plantzydon s’inscrit dans une démarche agroécologique globale, fondée sur la conviction de produire « avec le vivant » plutôt que contre lui. Au-delà du cahier des charges de l’agriculture biologique, les maraîcher·ères mobilisent une combinaison de leviers préventifs pour gérer les bioagresseurs (adventices, ravageurs, maladies) sous le seuil de nuisibilité, en s’appuyant sur la biodiversité et le fonctionnement naturel des écosystèmes. Cette démarche répond à plusieurs enjeux tels que l’adaptation au dérèglement climatique, l’amélioration de la santé des sols et notamment comme vu précédemment, la préservation de la ressource en eau.
Après quatre années de mise en œuvre, les résultats sont globalement positifs, tant sur le plan économique que social, avec une équipe de trois associés et plusieurs saisonniers, des conditions de travail satisfaisantes et un fort ancrage territorial. La gestion des adventices sans plastique constitue notamment une réussite notable. Certaines difficultés persistent toutefois, notamment face aux nématodes à galles et au corky-root, faisant encore l’objet d’expérimentations et d’ajustements.
Les Savoirs Agroécologiques
Méthodes de lutte intégrée pour limiter la pression des adventices
La gestion des adventices à Plantzydon repose sur une stratégie globale, fortement anticipée, combinant plusieurs leviers agronomiques complémentaires afin d’éviter le recours au paillage plastique. Le principe central est d’agir en amont pour limiter le stock semencier et perturber les cycles des adventices. Ainsi, la pratique du faux-semis est systématiquement mobilisée avant implantation, avec deux à trois passages successifs : le sol est préparé, puis irrigué pour provoquer la levée des adventices, qui sont ensuite détruites mécaniquement. Cette technique permet de réduire significativement la pression dès le démarrage de la culture. L’occultation des sols, en amont de certaines cultures, vient renforcer cet effet en privant les adventices de lumière.
Les rotations culturales sont également pensées pour alterner des cultures dites « salissantes » et « nettoyantes », limitant ainsi la prolifération de certaines espèces. Entre chaque culture, des engrais verts sont implantés afin de couvrir le sol, concurrencer les adventices et améliorer la structure du sol. En cours de culture, la gestion repose sur des interventions mécaniques précises (binage, herse étrille) et, dans certains cas spécifiques (petites surfaces sous serre ou cultures sensibles comme la mâche), sur du désherbage thermique. Pour les cultures longues et peu couvrantes, l’utilisation ponctuelle de toiles hors-sol permet de maîtriser la levée des adventices en début de cycle. Cette combinaison de leviers nécessite une forte réactivité et une bonne organisation du travail, mais permet de maintenir les adventices à un niveau acceptable sans recours au plastique.
Méthodes pour les adventices |
Stratégies de lutte |
Pratique du faux-semi 2 à 3 fois avant implantation – arrosage pour faire lever puis passage du vibroculteur |
Préventif |
Occultation avant implantation de la culture |
Préventif |
Alternance de culture « salissante » et non « salissante » pour casser les cycles des adventices |
Préventif |
Mise en place d’engrais vert entre chaque culture |
Préventif |
Désherbage thermique sur petite planche sous serre et pour des cultures de fin d’automne type mâches |
Préventif |
Herse / binage |
Rattrapage |
Toile hors sol tutorée pour des cultures longues et peu couvrantes |
Action sur population initiale |
Méthodes de lutte intégrée pour limiter la pression des ravageurs
La gestion des ravageurs s’inscrit, quant à elle, dans une logique de lutte biologique intégrée, privilégiant les approches préventives et l’activation des régulations naturelles. La ferme mobilise plusieurs leviers pour favoriser la biodiversité fonctionnelle : implantation de haies, création d’une mare, installation de nichoirs et gîtes à chauves-souris. Ces aménagements contribuent à accueillir une faune auxiliaire diversifiée (prédateurs, parasitoïdes) capable de réguler naturellement les populations de ravageurs. Il y a notamment l’implantation de tagètes en alternance régulière sur les rangs de plantation (cf. photo). Cette configuration est possible car les plants sont faits à la ferme et donc avec une alternance de plants entre légumes et tagètes construit au moment des semis.

À l’échelle des cultures, des pratiques spécifiques sont mises en œuvre, comme l’introduction de plantes de service (tagètes) directement dans les rangs pour perturber certains ravageurs, ou encore l’utilisation de couverts pièges contre les nématodes, implantés temporairement puis détruits après colonisation. Le suivi régulier des parcelles est un élément clé du dispositif : des bandes engluées permettent de détecter précocement les infestations, complétées par des observations à la loupe binoculaire pour affiner les diagnostics. Des filets de protection sont également utilisés sur certaines cultures, et le bassinage sous serre permet de limiter le développement de ravageurs comme les thrips ou les acariens en modifiant le microclimat.
En cas de déséquilibre, des solutions curatives peuvent être mobilisées de manière ciblée : lâchers d’auxiliaires, traitements compatibles avec l’agriculture biologique ou interventions manuelles. L’objectif reste toutefois de maintenir les populations sous le seuil de nuisibilité grâce à une combinaison de leviers préventifs. Cette approche demande une observation fine et régulière, mais permet de réduire fortement la dépendance aux intrants tout en s’appuyant sur le fonctionnement naturel des écosystèmes.
Méthodes pour les ravageurs |
Bioagresseurs visés |
Stratégies de lutte |
Mise place de couvert « piège » de nématodes – implantation 3 semaines et destruction lorsque les nématodes se sont installés sur les racines de l’engrais vert type phacélie et pois. |
Nématodes |
Préventif |
Plantes de services type tagètes dans les rangs de légumes – tagète platula / erecta : possible car ce sont eux qui produisent leur plant |
Ravageurs |
Préventif |
Faire du bassinage / brumisation sous serre contre thrips et acariens : https://ecophytopic.fr/leviers/proteger/pratiquer-le-bassinage-ou-la-brumisation-en-cultures-sous-abris |
Thrips et acariens |
Préventif |
Mise en place d’engrais vert entre chaque culture |
Tous bioagresseurs |
Préventif |
Suivis précis de l’invasion : bandes engluées pour attraper les ravageurs de culture et loupe binoculaire pour les identifier |
Tous ravageurs |
Préventif |
Pose de filets sur les cultures qui n’ont pas besoin d’être binées |
Tous ravageurs |
Préventif |
Implantation de 800 mètres de haies autour de la ferme en plus de l’existant |
Tous bioagresseurs |
Stratégie de LBCGH |
Mise en place d’une mare |
Tous ravageurs |
Stratégie de LBCGH |
Mise en place de 30 nichoirs et gîtes à chauve-souris |
Tous ravageurs |
Stratégie de LBCGH de culture |
Fermer les serres avec un filet anti-insectes |
Ravageurs |
En projet |
Lâchers d’auxiliaires (acariens prédateurs ; champignons entomopathogènes…) |
Ravageurs |
En rattrapage |
Traitements en bio pour des impasses |
Ravageurs et maladies |
En rattrapage |
Destruction à la main |
Ravageurs type punaises |
En rattrapage |
Intérêts du point de vue de l’agriculteur
Économiques
- Diminution des produits de biocontrôle
- Augmentation des rendements
Agronomiques
- Amélioration de la gestion des adventices
- Augmentation de la biodiversité fonctionnelle (auxiliaires de cultures…)
Environnementaux
- Préservation de la biodiversité faunistique et floristique
- Développement des éléments paysagers
- Adaptation face au changement climatique
Sociaux
- Lieu de travail embelli par les fleurs, les haies, la mare – arbre fruitier dans les haies pour les salariés