Consommations énergétiques de l’agriculture française
L’agriculture française figure parmi les secteurs fortement dépendants de l’énergie, avec une consommation estimée à près de 98 TWh. Sont compris à la fois les consommations directes — carburants, électricité ou gaz — et les consommations indirectes liées à la fabrication des engrais, des intrants ou de l’alimentation animale. Cette dépendance repose encore très majoritairement sur les énergies fossiles, en particulier le pétrole et le gaz naturel.
Concrètement, cette dépendance énergétique se traduit dans le fonctionnement quotidien des exploitations agricoles :
- utilisation du gazole non routier pour la mécanisation,
- recours aux engrais azotés de synthèse dont la fabrication nécessite du gaz naturel,
- importation d’aliments pour le bétail produits et transportés sur de longues distances.
Dans un contexte marqué par la volatilité des marchés énergétiques et les tensions géopolitiques internationales, cette situation fragilise directement les équilibres économiques des exploitations et leur capacité de production.
Dans cette perspective, de nombreux travaux soulignent que la transition énergétique agricole ne peut pas reposer uniquement sur la substitution des énergies fossiles par des énergies renouvelables. Le premier levier identifié est celui de la sobriété énergétique et de l’évolution des systèmes de production. Sur le plan de la mécanisation, l’écoconduite, l’optimisation des itinéraires techniques et la réduction du travail du sol peuvent permettre des gains importants. Concernant la fertilisation, l’amélioration du pilotage de l’azote, l’utilisation d’outils d’aide à la décision, la précision des équipements d’épandage, mais aussi le développement des légumineuses et le renforcement de la fertilité des sols constituent des leviers majeurs d’économie d’énergie, avec un potentiel estimé entre 20 et 40 % des économies envisageables.
L’alimentation animale représente également un poste important de consommation indirecte d’énergie. Le renforcement de l’autonomie fourragère, fondé sur une meilleure valorisation des prairies, du pâturage et des légumineuses dans les rations, permettrait de réduire significativement les besoins énergétiques des exploitations, notamment dans les systèmes d’élevage bovin laitier. Plus largement, les approches visant à développer des systèmes agricoles plus autonomes et moins dépendants des intrants externes apparaissent comme les stratégies les plus résilientes. À ce titre, les modèles fondés sur l’agriculture biologique ou sur l’agroécologie participent à réduire structurellement la dépendance des exploitations aux énergies fossiles et aux intrants importés.
Sources : Fabacée et Tribune Christian Couturier et Marc Deconchat dans Alternatives économiques : « Notre agriculture, otage de la géopolitique mondiale »