Synthèses techniques

Solaire photovoltaïque

Comment les énergies renouvelables (ENR) s’intègrent-elles dans les systèmes agricoles ?

Images d'énergies renouvelables en agriculture (méthanisation, biogaz, biomasse, solaire photovoltaïque, bois energie, éolien)

Solaire photovoltaïque

La filière solaire photovoltaïque s’est développée en France à partir du début des années 2010, avant de connaître une accélération marquée au cours des années 2020. En 2024, la puissance installée atteint environ 25,3 GW, portée principalement par les régions disposant d’un fort potentiel d’ensoleillement, comme Nouvelle-Aquitaine, Occitanie ou Auvergne-Rhône-Alpes. Les objectifs fixés dans le cadre de la Programmation pluriannuelle de l’énergie prévoient une capacité photovoltaïque comprise entre 55 et 80 GW à l’horizon 2035, traduisant la volonté de poursuivre le développement de cette filière à grande échelle.

Puissance des installations solaires photovoltaïques par département fin 2024

Sur les espaces agricoles, le développement du photovoltaïque prend plusieurs formes distinctes : les installations sur toiture (hangars, bâtiments de stockage, stabulations) qui présentent peu d’interactions avec les systèmes de production agricole et les projets agrivoltaïques qui sont implantés directement sur les parcelles agricoles. Depuis l’entrée en vigueur de la loi APER en 2023, ils doivent démontrer leur capacité à rendre un service à la production agricole, qu’il s’agisse de protection contre les aléas climatiques, de limitation du stress hydrique ou d’amélioration des conditions de travail. Certaines installations au sol, développées avant l’évolution réglementaire, ne répondent pas nécessairement à cette exigence de service agricole. Enfin, certaines centrales photovoltaïques sont implantées sur d’anciens terrains agricoles ou forestiers considérés comme peu productifs, dans une logique dite « agricompatible ».

Le photovoltaïque sur toiture peut être porté directement par les exploitants agricoles ou par des opérateurs énergétiques spécialisés. Lorsque l’investissement est réalisé par l’agriculteur, l’électricité produite constitue un complément de revenu grâce à la revente sur le réseau, avec parfois une part d’autoconsommation permettant de réduire les charges énergétiques de l’exploitation. Dans d’autres cas, les projets sont financés par des développeurs qui louent les surfaces de toiture ou construisent directement des bâtiments agricoles équipés de panneaux photovoltaïques, mis ensuite à disposition de l’exploitant dans le cadre d’un contrat de longue durée.

Ce type de projet bénéficie généralement d’une acceptabilité relativement forte, car il modifie peu les usages agricoles des parcelles et soulève moins de questions concernant les impacts agronomiques ou environnementaux. Les projets agrivoltaïques et les centrales au sol suscitent en revanche des débats plus importants. Leur taille est beaucoup plus conséquente, avec des puissances installées élevées et des investissements portés par des énergéticiens. Les revenus générés reposent alors sur des mécanismes de location foncière et sur la rémunération de l’entretien des parcelles.

L’acceptabilité de ces projets varie fortement selon leur implantation et leurs caractéristiques techniques. Les enjeux paysagers, les impacts potentiels sur les rendements agricoles, la biodiversité ou l’évolution des usages fonciers alimentent régulièrement les débats locaux. Ainsi, certains projets peuvent faire l’objet d’oppositions de la part de riverains, d’associations environnementales ou d’organisations professionnelles agricoles, en particulier lorsque les installations sont perçues comme une artificialisation des terres agricoles.

Illustration projet d’agrivoltaïsme (cas fictif mais représentatif des projets menés)

L’exploitation en polyculture-élevage est située en Dordogne. Sur une surface de 152 ha, l’assolement se répartie entre 112 ha de prairie et 40 ha de cultures (céréales, oléagineuses et cultures fourragères). Le cheptel se compose de 65 vaches laitières et de 15 vaches mères de race limousine. L’exploitant, également propriétaire du foncier, a été contacté par un développeur d’énergie photovoltaïque qui en échange d’une promesse de bail, a mené les études préalables aux autorisations pour la réalisation d’un parc agrivoltaïque. La zone d’étude concerne un parc de 25 ha dont les ¾ sont en prairies permanentes et ¼ sont cultivés en rotation (5 ans de prairies temporaires et 3 ans de grandes cultures). Il s’agit de l’îlot où le cheptel allaitant pâture 8 mois dans l’année.

Notamment à la suite de l’étude d’impact environnemental, la parcelle agrivoltaïque fut réduite à une surface de 8,2 ha. En accord avec l’exploitant et la réglementation, les caractéristiques du parc (technologie, infrastructures et aménagements) ont été définies. L’impact sur l’activité agricole de l’exploitation et du territoire est alors évalué afin de répondre aux exigences de de la réglementation.

Au sein du parc agrivoltaïque, un système en pâturage tournant a été mis en place. La prairie implantée est un mélange multi-espèces avec légumineuses. Les prairies ont été divisées en 6 paddocks de 4 ha sur lesquels tournent un lot de 20 UGB. Le projet agrivoltaïque a peu d’impact sur les produits et les charges d’exploitation. D’une part les surfaces et les rendements des prairies et des cultures annuelles ont été maintenus avant et après projet. D’autre part, la gestion du cheptel a peu évolué, le nombre d’animaux produits et les débouchés ont été préservés.

Dans le cadre de ce projet, les revenus s’élèvent à 3500€/MWc (7,4 MWc au total), soit 50% en tant que propriétaire (loyer) et 50% en tant qu’agriculteur (convention de coactivité). L’agrivoltaïsme s’intègre ici à une stratégie globale de diversification, d’augmentation de la valeur ajoutée et de non-agrandissement. L’activité de transformation fromagère a été consolidée et un projet de séchage en grange afin de valoriser la ressource herbagère en foin plutôt qu’en ensilage est à l’étude. Actuellement salarié à mi-temps, le fils de l’exploitant aimerait devenir associé d’ici 2 ans.

Intérêts du point de vue de l’agriculteur

Source : Étude ADEME – Agriculture et énergies renouvelables (Ceresco / Solagro)

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