Depuis 16 ans sur la ferme de 42 ha des Deraeve à Bayonvillers, dans la Somme, on pratique l’agroforesterie. Dans cette plaine du Santerre, dédiée à la culture du blé, du colza, de la pomme de terre et de la betterave, on est plutôt habitué à l’absence quasi-totale de haies.
10 km de haies plantés dont 7 km en 2006 et 2007 puis à nouveau 2,8 km en 2012. Cela a permis de redécouper des parcelles de 70m de large en parcelles de 35 m de large soit une densité très élevée de 230 m de haies par ha. C’est Dominique qui a créé ce bocage aujourd’hui géré par sa fille Ines et son fils Sylvain.
L’agroforesterie redessine le paysage et les objectifs de la ferme
Ce nouveau paysage arboré image et accompagne la profonde mutation de cette ferme passée à l’agriculture biologique en 2006. De plus, ils transforment désormais les produits à la ferme. L’introduction d’un élevage de 50 brebis Suffolk et la plantation d’un petit verger de pommier a permis de diversifier l’assolement. Aujourd’hui, la ferme produit de nombreux pains (blé, seigle, sarrasin, petit épeautre), de la farine, des pâtes, des lentilles de l’huile de colza, de l’huile de cameline, du jus de pomme et de la viande. Ce projet a remporté le premier prix national du concours général agricole en 2021 dans la catégorie des pratiques agroécologiques.
Ce bocage crée un nouveau cadre de travail. « Quand on passe des heures sur son tracteur, c’est plus agréable de le faire dans cet environnement arboré où l’on peut observer des oiseaux » dit Sylvain. Ce bocage c’est aussi une biodiversité retrouvée. On y trouve une meilleure régulation des ravageurs et de la pollinisation du colza, de la cameline ou du sarrasin. C’est aussi aujourd’hui la production de plaquette qui permet d’alimenter une chaudière et chauffer la maison de Sylvain. Les haies fournissent aussi de l’ombre au brebis l’été.
Quelles sont les caractéristiques de ces haies ?
Plus de 50 espèces d’arbres et d’arbustes, issues de la pépinière de Clément Crété et labellisés « végétal local », ont été plantées.
L’aulne cordé (Alnus cordata) domine aujourd’hui et atteint un diamètre de plus de 35 cm. On trouve aussi :
- l’érable champêtre,
- l’érable sycomore,
- le charme commun,
- le chêne rouvre,
- le tilleul,
- le frêne commun,
- le noyer
- l’acacia
- quelques mélèzes
L’entretien nécessite plus d’une semaine par an. « C’est du travail et il faut apprendre ». Les plaquettes sont stockées actuellement en silo bâché faute d’avoir de la place dans un bâtiment.
Les parcelles allongées font aujourd’hui entre 2 et 4 ha. Cette taille ne pose pas de problème de mécanisation.
L’agroforesterie reflète le projet de ces jeunes paysanne et paysan :
- vivre du métier tout en répondant aux enjeux sociétaux
- fournir localement des produits de qualité et protéger l’environnement
À voir aussi sur Osaé : Osez l’agroécologie