Les premiers résultats de l’observatoire agricole de la biodiversité confirment de déclin de la biodiversité dans les parcelles agricoles

L'Observatoire agricole de la biodiversité (OAB) a été lancé en 2011 avec la volonté de comprendre les interactions et les interconnexions entre agriculture et biodiversité, sur un temps long et pour l'ensemble du territoire.

Ce programme de sciences participatives – qui s'inscrit au sein du réseau Vigie-Nature – est porté conjointement par le Muséum national d'histoire naturelle et le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation avec de nombreux partenaires : plus de 1000 agriculteurs accompagnés par des organismes engagés.

Quatre protocoles d'observation sont proposés : abeilles sauvages, invertébrés du sol, vers de terre et papillons.

L'analyse des premiers résultats, réalisée par Olivier Billaud chercheur au MNHN, de 7 années de suivis (2011-2017), impliquant 1 216 agriculteurs sur 2 382 parcelles confirment les résultats des grandes études scientifiques : la biodiversité continue de décliner dans cette période récente.

Les abeilles et papillons voient leur abondance dégringoler dans les vergers et en grande culture (entre 30 et 80 % avec toutefois une forte variation selon les contextes), et ce d'autant plus que l'utilisation d'intrants chimiques (pesticides, fertilisation minérale) augmente. Cela confirme le fait que ces produits affectent directement les organismes par intoxication ou indirectement en diminuant les ressources en fleurs et les sites de nidification.

Les invertébrés du sol (carabes et mollusques) souffrent d'un autre phénomène : le recul des prairies permanentes, généralement maintenues pour l'élevage. Enherbées depuis au moins 5 ans, elles renferment un écosystème stable et riche. Mais l'élevage subissant un net recul depuis plusieurs décennies dans nos contrées, les prairies, jeunes, annuelles, servent dorénavant surtout à limiter les adventices (« mauvaises herbes ») dans les rotations en grandes-culture.

Ces premiers résultats confirment les impacts négatifs de l'intensification des pratiques agricoles, notamment les pesticides et l'azote sur la biodiversité mais aussi que les pratiques moins intensives permettent de stabiliser dans le temps ou de limiter le déclin des abeilles et papillons.

En viticulture, l'enherbement total est beaucoup plus favorable aux papillons et aux mollusques que le sol nu.

Si les vers de terre semblent recoloniser les exploitations qui ont reduit le travail du sol, l'usage d'herbicide pour contrôler les adventices impacte les pollinisateurs. On observe aussi dans ces parcelles beaucoup plus de mollusques (limaces), notamment en semis direct, et de carabes. Ces derniers pouvant aider à contrôler les premiers qui peuvent impacter les cultures.

L'étude révèle également que les vignobles entourés de forêts sont beaucoup plus accueillants pour les abeilles, les lisières offrant gîte et couvert en abondance. Il est donc important de maintenir les bosquets qui offrent beaucoup de lisières.

L'intérêt de ce programme basé sur le bénévolat de tous repose sur sa durée et le nombre de participants. En effet le grand nombre et la durée dans le temps vient pallier aux imperfections des protocoles.

Peut-être serait-il temps de mettre des moyens conséquents pour suivre l'évolution de la biodiversité comme l'Etat le fait pour suivre l'évolution de la qualité de l'eau ou des sols ?

 

Source :

  • Lettre d'information n°35 de l'OAB – première publication scientifique
  • http://www.vigienature.fr/fr/agriculteurs
  • https://besjournals.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/1365-2664.13746