Selon une étude publiée le 31 octobre 2019 dans la revue Nature, la biomasse d’arthropodes a chuté de 67 %. De plus, le nombre d’espèces de 34% au cours de la dernière décennie dans les prairies allemandes.
Les chercheurs d’Allemagne, de Suisse et d’Autriche ont analysé l’évolution des captures d’arthropodes sur 290 sites (en prairie ou en forêt) de trois régions allemandes, entre 2008 et 2017.
Le travail qu’ils ont accompli est considérable. Les chercheurs ont analysé un million d’individus capturés au cours de cette décennie. Ils ont recensé les quelques 2 700 espèces auxquelles ils appartiennent. Ils ont ensuite estimé l’évolution de ces populations grâce à plusieurs indicateurs :
- le nombre d’individus capturés
- leur biomasse
- la diversité des espèces représentées
Dans ces 3 régions allemandes étudiées, l‘effondrement est massif . Le déclin semble d’autant plus élevé que la part de l’agriculture, notamment des terres arables dans le paysage devient prépondérant. Il est aussi important en forêt (-41% de la biomasse) qui ne font pourtant pas l’objet de pratiques intensives. Ces résultats montrent que tout se joue à une échelle plus large. Le maintien de la biodiversité ne peut se satisfaire de mesures uniquement locales.
Il n’y a pas de précisions sur les raisons de cet effondrement dans une période aussi courte. Néanmoins, le changement climatique et l’usage des pesticides sont pointés du doigt, notamment les insecticides néonicotinoïdes.

Cette nouvelle étude vient conforter d’autres études menées en Europe mais aussi dans les zones tropicales. Les chercheurs allemands avaient déjà montré (revue Plos One) une chute de plus de 75% du nombre d’insectes volants depuis 1989 (soit une période de 27 ans) dans 63 réserves naturelles allemandes. On sait aussi qu’en France les populations d’oiseaux spécialistes des milieux agricoles se sont effondrées de 33% entre 1989 et 2017.
Il est plus que temps de mettre les moyens pour mieux comprendre ce qui se passe. Qu’en est-il en France ? Qu’en est-il dans les terres cultivées plus intensivement que les prairies ou la forêt ? Et qu’en est-il des chaînes alimentaires et des espèces qui se nourrissent des arthropodes comme les oiseaux insectivores ou les chauve-souris ? En effet les arthropodes jouent un rôle majeur dans le recyclage de la matière organique, dans la pollinisation ou la lutte biologique et on imagine difficilement une agriculture sans arthropodes.
Rappelons que la France et les pays de l’Union Européenne ont pris l’engagement de stopper en 2020 toute perte de biodiversité et de restaurer les services écosystémiques. Et que cet engagement a déjà été reculé de 10 ans ? Exactement la période qui a vu s’effondrer cette biomasse d’insectes. Faudra-t-il attendre encore 10 ans ? Il est plus que temps d’accélérer la transition agroécologique et de respecter enfin les engagements pris.
Source : Seibold, S., Gossner, M.M., Simons, N.K. et al. « Arthropod decline in grasslands and forests is associated with landscape-level drivers« . Nature 574, 671–674 (2019).