Élevages laitiers : privilégier l’herbe et le pâturage : qu’est-ce qu’on attend ?

Tout comme le CEDAPA crée par André Pochon en 1982, l'ADAGE qui vient de fêter ses 28 ans, est une pépite bretonne. Membre du réseau CIVAM, cette association d'éleveurs majoritairement laitiers ouvre la voie d'un élevage plus respectueux de l'environnement, des animaux et des hommes. Leur crédo : être le plus autonome possible en faisant pâturer au maximum les vaches.  Quoi de plus naturel pour un ruminant ! Le slogan d'André Pochon est toujours aussi moderne « la vache est une barre de coupe par devant et un épandeur à fumier par derrière ».  Et pourtant on sait qu'en Bretagne l'élevage laitier est avant tout assis sur le maïs ensilage (en moyenne 30% de la SAU) et le tourteau de soja OGM importé d'Amérique du Sud, et prend sa part dans la déforestation en Amazonie. 1 ha de maïs planté en France, c'est 1,2 ha de soja importé.

La question est pourquoi ces systèmes d'élevage plus efficace économiquement et écologiquement ne sont toujours pas dominants, puisque cette démonstration date maintenant de 40 ans, comme nous allons le voir avec les résultats du suivi annuel technico-économique mis en place depuis 2008 dans le Grand Ouest (2008-2017) sur 127 fermes en AD et en Ile et Vilaine entre 2017 et 2020 sur 63 fermes en AD.

Résultats de l'observatoire technico-économique du réseau CIVAM Bretagne, Basse-Normandie et pays de Loire 2008 -2017

* L'ADAGE n'a pas calculé cette valeur mais en considérant que les fermes du réseau RICA utilise moins de céréales autoconsommées et une charge en concentrés trois fois supérieure, on peut considérer que la « surface importée » pour produire les concentrés est triple

On peut parler d'un verrouillage socio-technique assuré par les principaux acteurs de cette filière. En effet les systèmes plus autonomes (Agriculture Durable - AD) promus par l'ADAGE et le CEDAPA conduisent à une forte réduction de l'achat d'intrants : semence de maïs, engrais chimiques, produits phytosanitaires, produits vétérinaires, aliments du bétail et fioul, avec moins de bâtiment et de matériel. Ce verrouillage concerne les commerciaux des entreprises d'approvionnement, le conseil, le contrôle laitier et la génétique laitière, les journaux agricoles, les coopératives et les entreprises laitières, mais aussi le domaine des statistiques qui comme le RICA ne permettent pas de produire des séries pour les systèmes biologiques et/ou durables.

Ce réseau a innové dans l'analyse des données technico-économiques en produisant des indicateurs pertinents accessibles et diffusés aux éleveurs. Parmi ceux-ci un indicateur clef : l'empreinte. Cet indicateur synthétique permet de mettre à la lumière la face cachée de nos importations (soja…), tout en considérant aussi les exportations (céréales…).  Il peut remettre en cause totalement les performances affichées de certains systèmes. L'exemple le plus connu est celui de nos émissions de GES de la France. Ainsi les émissions territoriales (produites par la France) représentent 6,6 teqCO2/hab en 2016 et ont baissé de 16% depuis 1990 alors que l'empreinte (qui prend en compte le contenu GES de nos importations moins celles de nos exportations) s'élève à 10,8 teqCO2/hab et sont stables ! cela ne donne pas la même lecture. Et bien c'est la même chose en agriculture.

L'ADAGE s'est posé la même question pour la production laitière. Les élevages laitiers basés sur le maïs ensilage semblent au premier abord plus performants si on utilise comme indicateur la production de lait par vache ou la production de lait par ha SAU.  Mais en y regardant de plus près, les résultats s'inversent et au final produire plus de lait par vache n'est pas synonyme de plus de lait par ha alimentaire (surface consacrée à l'alimentation des vaches) et surtout pas plus de revenu pour l'éleveur (cf tableau). Et encore on pourrait prendre en compte la qualité de l'eau dégradée par les désherbants du maïs comme le s-métolachlore ou les nitrates. Et même si la production baissait. Serait-ce dangereux dans la mesure ou les éleveurs gagnent plus avec un environnement préservé et un Plan National Nutrition Santé (PNNS4) qui nous dit de consommer moins de produits laitiers et moins de viande.

Le suivi des 63 fermes entre 2017 et 2020 montre qu'en l'espace de 3 ans il est possible de changer profondément son système. 25 ont ainsi diminué fortement la part maïs ensilage (divisée par 2), entrainant une très forte baisse de l'IFT (de 0,65 à 0,22) et du surplus d'azote (-40%) et une augmentation du résultat de 10.682€ /UTH.

Alors prenez le temps d'étudier tous ces chiffres qui représentent un énorme travail collectif mais aussi les vidéos qui vous aiderons à opérer la transition vers des systèmes à herbe. Vous y découvrirez toutes les solutions trouvées pour faire pâturer les vaches (échange de parcelles, boviduc, taille des paddocks), pour gérer les prairies, pour produire des aliments (méteil, maïs population), pour soigner ses vaches (huiles essentielles), pour optimiser le système (vache nourrice, croisement de race), pour dégager du temps (monotraite), pour diversifier (plantation de haies et d'arbres fruitiers en agroforesterie ou pré-verger, circuits courts).  Et pourquoi pas tenter le système tout herbe et l'agriculture biologique qui répond à une vraie attente de la société qui ne supporte plus la dégradation de ses eaux et la déforestation de l'Amazonie.

La généralisation de ces systèmes à l'herbe, pâturant et autonome permettrait de désintensifier les systèmes d'élevage du grand ouest, de mieux protéger les ressources en eau, de créer plus d'emploi par litre de lait produit et de mieux rémunérer les éleveurs.

 

  • Sources :

retrouver les vidéos sur le site de l'ADAGE

 

  • Retrouver les plaquettes

https://cloud.inpact35.org/adage/s/f54c38XyMekdDbH

https://cloud.inpact35.org/adage/s/fBmDbACxggDJLzp
https://cloud.inpact35.org/adage/s/LNbGBtymNR9sbym
https://cloud.inpact35.org/adage/s/5y4QRL9bmHskdFn
https://cloud.inpact35.org/adage/s/cYgWwaDXp7qnKFq